A Vancouver, l’héritière Huawei a entamé une nouvelle vie sous haute surveillance

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Meng Wanzhou, la riche et influente directrice financière du géant chinois Huawei, libérée sous caution au Canada, a entamé mercredi une nouvelle vie qui pourrait durer des années: sous stricte surveillance jour et nuit, dans l’une de ses deux maisons de Vancouver, un bracelet électronique à la cheville. Arrêtée début décembre à la demande des Etats-Unis, qui la soupçonnent d’avoir fraudé pour contourner les sanctions américaines contre l’Iran, Meng Wanzhou a obtenu mardi sa remise en liberté sous caution. La femme d’affaires a choisi de résider pendant la procédure d’extradition, qui pourrait prendre des mois, voire des années, dans la plus «modeste» des deux propriétés que son mari et elle possèdent dans la grande ville de l’Ouest canadien. Achetée en 2009 et évaluée à 5,6 millions de dollars (3,7 millions d’euros) – un prix plutôt moyen pour Vancouver -, cette maison de six chambres est située à Dunbar, un ancien quartier populaire, aujourd’hui résidentiel, verdoyant, sans ostentation. La vue porte jusqu’aux montagnes du nord de la ville, ouverte sur le Pacifique. La 28e rue était calme mercredi matin. Un officier de sécurité veillait dans une voiture garée non loin, quelques promeneurs croisaient des journalistes. Dans le quartier, de nombreuses maisons sont vides une grande partie de l’année. Beaucoup appartiennent à de riches investisseurs… chinois. «Il n’y a pas d’inquiétude particulière dans le quartier», souligne Colleen McGuinness, porte-parole de l’association des riverains de Dunbar. «C’est un quartier résidentiel tranquille, amical mais pas intrusif», ajoute-t-elle. «Je ne pense pas qu’on la (Mme Meng) verra à l’épicerie du coin. Elle est déjà venue ici, c’est une voisine comme une autre, avec du personnel. «Même si je suis Chinoise et que je réside en Chine, ma famille a des liens importants avec le Canada, et en particulier avec Vancouver», avait plaidé devant la justice la fille du fondateur de Huawei, considérée comme son successeur potentiel à la tête du leader mondial des équipements télécoms. Mme Meng avait visité Vancouver, où réside une large communauté asiatique, pour la 1ère fois il y a 15 ans. En 2009, elle et son mari, Liu Xiaozong, y avaient acheté une 1ère maison, puis une 2ème, plus cossue, quelques années plus tard. Son époux a vécu dans la 1ère jusqu’en 2012, alors qu’il passait une maîtrise. Leur fils était scolarisé dans une école maternelle de la ville. Sa belle-famille, sa mère et son fils aîné y ont également passé plusieurs étés. La nouvelle existence de Mme Meng s’annonce moins trépidante que l’ancienne: cette mère de quatre enfants, qui a invoqué des problèmes de santé pour justifier sa demande de libération, devra se plier à des règles de surveillance draconiennes. Des équipes spécialisées se relaieront jour et nuit devant sa résidence, qu’elle ne pourra quitter entre 23h00 et 6h00 du matin. Ses déplacements seront limités à la banlieue de Vancouver et elle devra porter en permanence un bracelet électronique à la cheville.Des conditions qui ont convaincu le juge de la libérer, malgré l’avis du procureur, qui craint de la voir s’enfuir vers la Chine pour échapper à d’éventuelles poursuites aux Etats-Unis. Lors d’une pause mardi pendant l’audience de remise en liberté, la femme d’affaires s’était confiée à son avocat: si elle était libérée sous caution, elle en profiterait pour passer du temps avec sa famille, lire des romans et peut-être reprendre des études et faire un doctorat. Ce qu’elle n’a pu faire depuis longtemps «après avoir travaillé dur pendant 25 ans». Vu la longueur d’une procédure d’extradition, «elle pourrait bien avoir le temps de finir Guerre et Paix, Anna Karénine et l’oeuvre complète de Marcel Proust» avant qu’une décision soit prise, relève avec humour un journaliste de CBC. La 1ère audience d’extradition a été fixée au 6 février 2019, une semaine avant son 47e anniversaire.