En Chine, le cinéma français compte encore en 2018 sur les films d’action de Luc Besson

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«Taxi 5», «Anna»… Le cinéma français compte encore en 2018 sur les films d’action de Luc Besson, adulé en Chine, pour tirer son box-office dans le pays asiatique, un marché en pleine croissance et «stratégique» pour la France. La Chine devient incontournable derrière l’Amérique du Nord: les ventes de tickets y ont atteint l’an passé 55,9 milliards de yuans (7,3 milliards d’euros) – soit une progression annuelle de 13%. «C’est un pays très stratégique pour nous», déclare Isabelle Giordano, la directrice générale d’Unifrance, l’organisme chargé de la promotion des films français à l’étranger.«En 2018, on compte sur le succès de Taxi 5, parce que Luc Besson est quand même quelqu’un de très connu en Chine. Et puis plus tard, j’attends beaucoup de Anna», thriller qui devrait sortir au courant de l’année et qui s’inscrit dans la veine de «Léon» (1994) – film culte en Chine -, souligne Mme Giordano. L’ex-journaliste faisait partie d’une délégation de professionnels présente à Pékin cette semaine pour inaugurer le «Panorama du cinéma français», un festival qui permet de diffuser des films dans six villes chinoises. L’événement est parrainé par l’actrice française Virginie Ledoyen et le comédien chinois Huang Xiaoming, superstar dans son pays avec 56 millions d’abonnés à son compte de microblog. En 2017, le plus gros succès
français en Chine aura été le blockbuster «Valérian» réalisé par Luc Besson (11,6 millions d’entrées) et le film d’animation «Ballerina» (1,14 million), selon Unifrance. Loin derrière figuraient les comédies «Raid Dingue» avec Dany Boon (134.000) et «Santa & Cie» avec Alain Chabat (133.000), ainsi que le thriller historique «HHhH» (108.000).En tout, ces films ont rapporté 58,8 millions d’euros de recettes, dont 88% dus au seul film de Besson. «Avec sa société Europa Corp, c’est la plus grande réussite du cinéma français en Chine. C’est dû au côté commercial de ses films mais aussi au fait qu’il a su s’entourer de partenaires chinois», explique Dong Ming, membre du comité de sélection du Festival du film de Shanghai et critique de cinéma. Le thriller «Lucy» (2014, avec Scarlett Johansson) et le film d’action «Taken 3» (2015, avec Liam Neeson), respectivement réalisé et produit
par le cinéaste français, avaient déjà permis de doper considérablement le box-office français en Chine ces années-là. «En comparaison, les autres films commerciaux français ont du mal à attirer. Sauf s’ils ont des stars connues ici comme Sophie Marceau. Pour les films d’auteurs, c’est encore plus compliqué», note M. Dong. Les films français se contentent ainsi des miettes face aux productions hollywoodiennes (40%) et chinoises (54%), qui accaparent la quasi-totalité des recettes au box-office. Le public chinois va surtout dans les salles pour se détendre et voir des blockbusters, des comédies, et des comédies romantiques locales. Le cinéma français est parfois perçu comme élitiste. «La première chose qu’on doit faire, c’est lutter contre les stéréotypes. J’aimerais que les Chinois puissent se dire qu’aller voir un film français, c’est aussi voir un film d’action, un film à effets spéciaux, d’excellents dessins animés», plaide Isabelle Giordano. Les goûts de la classe moyenne, de plus en plus sophistiqués, semblent cependant évoluer vers davantage de diversité. «Je viens de montrer mon film en Chine, et j’ai réalisé
qu’il est très bien compris par le public», se félicite le réalisateur Laurent Cantet (Palme d’or à Cannes en 2008), venu présenter «L’Atelier», un drame avec Marina Foïs. Pour gagner en parts de marché, la France mise aussi sur un assouplissement des quotas. Car uniquement 60 à 70 films étrangers sont acceptés chaque année par la Chine dans ses cinémas. Seules 5 à 7 productions françaises sont diffusées en moyenne. «C’est un travail de longue haleine. Mais nous sommes assez confiants, les choses semblent évoluer», veut croire Mme Giordano.