Chronologie des médias: Canal+ rompt ses négociations avec la filière cinéma

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Nouveau rebondissement dans le feuilleton de la chronologie des médias: Canal+ a rompu ses négociations avec la filière cinéma, qui conditionnaient un nouvel accord censé accélérer la diffusion des films à la télévision et en streaming.

L’ancienne équipe du ministère de la Culture avait assuré le mois dernier qu’un accord était imminent. Mais le patron de Canal+ Maxime Saada a adressé vendredi un courrier aux organisations professionnelles du cinéma (BLIC, BLOC et ARP), où il annonce la fin des discussions actuelles déplorant «une logique unilatérale qui finit par s’exercer au détriment des intérêts propres de Canal+». Ce courrier, révélé mardi par la publication spécialisée «Satellifax», a été confirmé mercredi par la chaîne. Les discussions pour réformer la «chronologie des médias», système qui encadre en France l’exploitation successive des films dans les cinémas, en DVD, à la télévision et sur les plateformes de streaming, duraient depuis des mois. Les règles actuelles, fixées en 2009, doivent être modernisées pour tenir compte notamment de l’irruption de Netflix et des GAFA dans le paysage audiovisuel.

Si les différents acteurs de la filière avaient approuvé une réduction des délais entre la sortie d’un film en salles et sa diffusion sur les autres supports, les discussions coinçaient sur la reconduction des accords de financement liant les groupes Canal+ et Orange, deux poids lourds de la télévision payante, à la filière cinéma.

Dans son courrier, Maxime Saada explique que «le modèle économique du groupe a été totalement revu», avec le lancement de nouvelles offres d’abonnement, et estime avoir fait pour la filière cinéma de «très nombreuses concessions», «systématiquement unilatérales», avec «une absence quasi-totale de bénéfices» pour Canal+. Il déplore que les chaînes gratuites aient obtenu un changement dans la chronologie des médias «sans aucune contrepartie au bénéfice du cinéma».

L’accord actuellement en vigueur arrive à échéance fin 2019 et Canal+ souhaite ouvrir une «nouvelle phase de négociations». La filiale de Vivendi est le premier financeur privé du cinéma français (un peu plus de 170 millions d’euros l’an dernier, selon le Centre national du cinéma et de l’image animée) mais sa contribution, liée à son chiffre d’affaires, est en baisse ces dernières années.

Le nouveau ministre de la Culture Franck Riester, invité mardi sur France Inter, a estimé qu’»on ne peut pas, en France, ne pas faire évoluer le cadre réglementaire de la chronologie des médias». Si les acteurs «ne devaient pas être en capacité de prendre leurs responsabilités, la loi pourra trancher ce sujet-là», a-t-il prévenu.