Le Festival de cinéma latino-américain de Biarritz met à l’honneur l’Uruguay

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Le Festival Biarritz Amérique latine, qui s’ouvrait lundi dans le Sud-Ouest de la France, avec une trentaine de films en compétition jusqu’au 30 septembre, met à l’honneur l’Uruguay, «pépite secrète» de ce vaste continent. «Enclavé entre deux géants, politiquement stable depuis la fin de la dictature des années 1980, socialement progressiste, prospère d’un point de vue économique, l’Uruguay apparaît comme une exception» en Amérique du Sud, soulignent les organisateurs du Festival à propos de ce petit pays d’à peine 3,5 millions d’habitants, coincé entre l’Argentine et le Brésil. «Berceau de Lautréamont et de Jules Supervielle», écrivains français nés à Montevideo en 1846 et 1884, «patrie du candombe et de la murga», musiques issus de l’héritage des esclaves africains, «copropriétaire du tango» avec l’Argentine, «l’Uruguay est la pépite secrète de l’Amérique latine», s’enthousiasment-ils. Le cinéma uruguayen, qui a émergé au début des années 2000, possède «la fronde d’un David contre deux Goliaths», en référence aux cinémas brésiliens et argentins, souligne un des programmateurs du festival, Nicolas Azalbert, critique aux Cahiers du cinéma, qui salue la vitalité de la production malgré l’étroitesse du marché local. Au total, dix films uruguayens, fictions ou documentaires, tous primés à l’international, sont programmés par le festival, en marge de la compétition qui réunit comme chaque année des productions de tout le continent. Parmi les films présentés, des oeuvres à dimension sociale ou politique, comme les longs métrages d’Aldo Garay : «El hombre nuevo» (L’homme nouveau) sur une transsexuelle nicaraguayenne devenue voiturière à Montevideo, ou «El Circulo» (Le Cercle), qui raconte l’incroyable destin d’Henry Engler, un ex-chef de la guérilla d’extrême gauche des Tupamaros devenu une sommité internationale sur la maladie d’Alzheimer. Également au programme, des comédies douces amères comme «Las flores de mi familia» (Les fleurs de ma famille) de Juan Ignacio Fernandez Hoppe, «Mal dia para pescar» (Sale temps pour les pêcheurs) d’Alvaro Brechner …
Côté documentaires, «Mundialito» de Sebastian Bednarik sur les liens entre dictature et football, ou encore «Jamás leí a Onetti», en référence au grand écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti (1909-1994) auquel le festival consacre plusieurs conférences. «Il est important qu’existe une programmation du cinéma uruguayen dans les festivals», se félicite Guillermo Rocamora. «C’est bien que le cinéma uruguayen reviennent dans les conversations et les esprits», se réjouit aussi le producteur Santiago Lopez, qui réclame «davantage de financements» afin de ne pas laisser filer les talents alors que de nombreux réalisateurs nationaux atteignent désormais leur pleine maturité. Alvaro Brechner, qui avait amené «Sale temps pour les pêcheurs» aux Oscars en 2009, participera d’ailleurs à la compétition de Biarritz, présidée par le cinéaste français Laurent Cantet, avec son film «Compañeros: La noche de los 12 años», qui raconte le calvaire de trois opposants politiques emprisonnés et torturés sous la dictature (1973-1985). Issu d’une coproduction entre l’Uruguay, l’Argentine, l’Espagne et la France, le film s’inspire du livre «Memorias del calabozo» (Souvenirs du donjon) des anciens guérilleros Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernandez Huidobro, compagnons de détention de l’ex-président «Pépé» Mujica (2010-2015). «C’est un essai sur la solitude, sur des hommes à qui on a tout enlevé et qui doivent affronter une crise qui suspend leur condition humaine», a expliqué Alvaro Brechner au quotidien «El Observador».