H. RONY (Scam) : « L’audiovisuel public doit avoir une politique de l’offre, non de la demande »

Hervé RONY, Directeur Général de la Scam

Le service public a toujours été une préoccupation majeure des auteurs et des journalistes de la Scam, pas seulement parce qu’il représente une part importante de leurs droits d’auteur, mais surtout pour les enjeux de société essentiels qu’il porte. Rencontre avec Hervé RONY, Directeur Général de la Scam.

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La Scam s’inscrit dans la réflexion lancée par le Président de la République sur l’avenir de l’audiovisuel public. Que recherchez-vous ?

Hervé RONY

Nous cherchons à défendre le service public qui porte la création. Nous avons également le souci de répondre à l’objectif du Président de la République qui souhaite réformer le service public et le moderniser dans un univers toujours plus numérique. Notre réflexion consiste à ne pas tomber dans le travers d’une critique tout azimut. Derrière cela, l’idée est de placer le service public dans un univers à la fois de stabilité, d’indépendance et de cohérence.

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Face à l’émergence d’acteurs superpuissants comme Netflix ou les réseaux sociaux, comment doit se positionner France Télévisions ?

Hervé RONY

Le service public doit s’adapter à la nouvelle concurrence. Il ne faut pas transformer France Télévisions en une plateforme de SVOD. Netflix reste une plateforme de vidéo à la demande par abonnement qui propose des programmes à l’acte. Ce n’est pas de la télévision. La réflexion est de mieux identifier les missions de France Télévisions et d’être un outil à la fois d’innovation et de complémentarité dans ses programmes. L’idée consiste aussi à développer des écritures différentes en ayant des moyens pour le web. Il y a donc un gros travail d’innovation et d’écriture à effectuer. Pour autant, le service public ne doit pas renier ce qu’il est, c’est-à-dire une offre de télévision différente du privé. Depuis des années, il n’y a jamais eu des réflexions abouties sur le bouquet de programmes de France Télévisions. Il faut repenser ce qu’est exactement France 2, France 3, France 4, France 5 et France Ô. D’autre part, il est crucial que les services publics francophones unissent leurs efforts et soient en capacité de proposer une offre légale francophone.

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Selon vous, l’audiovisuel public doit avoir une politique de l’offre, et non de la demande ?

Hervé RONY

Oui, c’est important. C’est pourquoi la question de la publicité reste essentielle. Il faut développer une politique de l’offre, et pas celle de l’audience maximale. Les contrats d’objectifs et de moyens de France Télévisions et Radio France doivent intégrer le risque d’audiences faibles pour renouveler les écritures permettant aux auteurs de proposer des œuvres innovantes et créatives à des publics divers. Pas question d’avoir un service public de l’élitisme qui ne s’intéresse qu’à une toute petite partie de la population. Il faut avoir une politique de l’offre qui propose des programmes dans leur grande diversité.

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La Scam indique que France Télévisions est assise entre deux chaises, celle de la publicité́ en quête d’audiences, et celle de la redevance.

Hervé RONY

Nous essayons de clarifier le fonctionnement du service public et de son identité. On pense que la publicité vient perturber l’éditorial et la manière d’appréhender le rapport au téléspectateur. Le parrainage des émissions après 20h est un détournement de l’esprit de la loi. Ni le parrainage, ni la publicité ne doivent avoir place entre 20h et 23h. De la même façon, la gouvernance n’est pas satisfaisante. Les présidents des groupes de l’audiovisuel public doivent être nommés par leur conseil d’administration respectif et, le cas échéant, reconduits par lui, à l’instar des groupes privés.