La salle de presse de l’Elysée, symbolique pour la liberté de la presse

140

A quoi sert cette salle de presse que l’Elysée veut déplacer hors de ses murs? Son importance est surtout symbolique pour la liberté de la presse, expliquent les journalistes qui craignent que le palais présidentiel ne devienne une «forteresse». Après un long bras de fer avec la presse présidentielle, l’Elysée a confirmé son intention de fermer la salle emblématique, installée sur la Cour d’honneur depuis 40 ans, pour la transférer dans une annexe plus spacieuse dans une rue adjacente fin 2018. «On ne comprend toujours pas pourquoi ils veulent fermer cette salle», souffle Elizabeth Pineau, journaliste de l’agence Reuters. A la tête de l’association de la presse présidentielle, elle se mobilise depuis plusieurs mois contre cette «atteinte à la liberté de la presse». «Maintenant, les journalistes viendront à l’Elysée quand on les sonnera et en seront chassés quand ce sera le moment de les chasser», regrette-t-elle, «avec le risque que l’Elysée veuille fournir ses propres images et que les journalistes ne soient pas conviés». La salle, qui cristallise les frictions entre la présidence actuelle et les médias, est ouverte en permanence aux agences de presse (AFP, Reuters, AP, Bloomberg) et en certaines occasions (Conseils des ministres, réceptions de dirigeants étrangers…) aux autres médias. L’Elysée avait fait valoir «des conditions de travail améliorées» et arguait avoir besoin de l’espace pour ses conseillers, car le palais, vieux de  3 siècles, ne disposerait que d’une seule salle de réunion pour 600 agents. Pour François-Xavier Bourmaud, reporter politique au «Figaro» qui n’utilise que rarement la salle de presse, la «dimension symbolique» de ce déménagement est «plus importante que son côté pratique». «C’est un contre-pouvoir installé au coeur du pouvoir», souligne-t-il. «Là, ce contre-pouvoir est mis de côté comme s’il y avait quelque chose à cacher». «L’Elysée devient une forteresse à laquelle les journalistes n’ont pas accès. La salle de presse est un symbole, quand la Cour de l’Elysée est ouverte, on y va pour se réchauffer, prendre un café, l’Elysée vient également y faire ses briefings», raconte une journaliste politique. Elle déplore «la stratégie de division de l’Elysée qui dresse les journalistes les uns contre les autres», notamment ceux des chaînes d’info en continu qui réclament de longue date de meilleures conditions de sécurité pour leur direct. «Je suis pour une présence des agenciers au sein de l’Elysée», explique Mathieu Coache de BFMTV. «Mais à l’heure actuelle, mon bureau c’est un bout de trottoir, donc je ne peux que me satisfaire d’avoir une nouvelle salle et je suis ravi de ne pas avoir à passer un hiver de plus sur un trottoir». Cet ancien correspondant à la Maison Blanche, qui a été surpris par les conditions de travail «exécrables» à son arrivée en France, préconise ainsi de garder la salle emblématique sur la Cour d’honneur et d’ouvrir une partie de la nouvelle aux médias, l’Elysée pouvant utiliser l’autre partie. C’est aussi la solution proposée par Ludovic Marin, photographe de l’AFP accrédité à l’Elysée et président du comité de liaison de la presse (CLP, qui gère les «pools» image) qui réclame «le maintien de l’actuelle salle de presse, lieu de travail extrêmement pratique, et l’ouverture d’une salle de presse complémentaire pour faire face aux demandes des nombreux médias qui ne peuvent pas y travailler». «Pour les photographes qui ont actuellement vue sur la cour, la fermeture de la salle de presse va compliquer les conditions de travail, on devra multiplier les allers et venues vers l’extérieur pour envoyer nos photos et risquer le ratage», explique-t-il. Donald Trump avait essayé de fermer la salle de presse de la Maison blanche avant de renoncer face au tollé, a rappelé le «Washington Post» dans un article déplorant que dans «la France d’Emmanuel Macron» «la relecture des citations est la règle et les journalistes sont désormais chassés du centre du pouvoir».