Lutter contre la désinformation dans le paysage médiatique mondial – un nouveau rapport du Conseil de l’Europe

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Dans un rapport publié la semaine dernière, le Conseil de l’Europe examine la manière dont les campagnes de désinformation se multiplient, en grande partie grâce aux réseaux sociaux, contribuant ainsi au «chaos informationnel» dans le paysage médiatique mondial.Tout en reconnaissant que l’impact direct et indirect de la «pollution informationnelle» est difficile à quantifier, le rapport propose aux responsables politiques, aux législateurs et aux chercheurs un cadre conceptuel et une structure pour le dialogue sur le «chaos informationnel». Il comporte 34 recommandations à l’intention d’acteurs pertinents tels que les entreprises technologiques, les gouvernements nationaux, les médias, la société civile et les ministères de l’Éducation, en vue de les aider à identifier des stratégies adaptées pour lutter contre ce phénomène. Ce rapport, intitulé «Information Disorder : Toward an interdisciplinary framework for research and policy making» (Le «chaos informationnel» : vers un cadre interdisciplinaire pour la recherche et l’élaboration de politiques), a été commandité par le Conseil de l’Europe en réponse à l’inquiétude croissante des États membres concernant les répercussions à long terme des campagnes de désinformation, qui sont conçues spécifiquement dans le but d’instiller la méfiance et la confusion et d’accentuer les différentes socio-culturelles existantes en exploitant les tensions nationalistes, ethniques, raciales et religieuses. La préparation de ce document a été confiée à Claire Wardle, directrice exécutive de First Draft et chargée de recherche au Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy de l’institut Kennedy de l’Université d’Harvard, ainsi qu’à l’écrivain et chercheur Hossein Derakhshan. Les auteurs distinguent 3 types d’information préjudiciable : la mésinformation, lorsqu’on transmet une information erronée sans intention de nuire ; la désinformation, lorsqu’on transmet une information que l’on sait erronée dans l’intention de nuire ; et l’information malveillante, lorsqu’on partage une information vraie dans l’intention de nuire, souvent en rendant publics des éléments censés rester confidentiels. Ils ont volontairement évité d’utiliser l’expression «fausse nouvelle» («fake news») en invoquant le fait qu’elle ne décrit pas la complexité du phénomène de la «pollution informationnelle» et qu’elle est utilisée par les politiciens du monde entier pour désigner des informations qu’ils trouvent désagréables. Les auteurs soutiennent dans le rapport que la propagation de la «pollution informationnelle» est due à un ensemble complexe de motivations relatives à la création, à la diffusion et à la consommation de ces messages pollués, à l’existence d’une très grande diversité de formats et de techniques pour les démultiplier, ainsi que d’innombrables plates-formes d’hébergement et de reproduction de ces contenus, et à la vitesse à laquelle ils sont partagés par les consommateurs dans leurs cercles sociaux. Selon Claire Wardle, «nous assistons à un phénomène totalement nouveau : les campagnes de désinformation, qui jouent souvent sur l’émotionnel, se propagent à toute vitesse et peuvent avoir un impact énorme sur la société».Hossein Derakhshan souligne quant à lui que «s’il est indispensable de vérifier les informations et de les démentir lorsqu’elles sont erronées, il faut aussi lutter contre les rumeurs et la conspiration avec des arguments convaincants et solides en s’appuyant sur les mêmes techniques que la désinformation». Le rapport donne un aperçu des initiatives concrètes et des projets de recherche menés dans ce domaine. Il attire également l’attention sur le risque que le public se méfie de plus en plus, à l’avenir, des informations publiées en ligne.