«Monsieur», un film sur l’écrivain Jean d’Ormesson, en salles mercredi

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«Monsieur», un film sur l’écrivain Jean d’Ormesson qui sort mercredi, un an exactement après sa mort, le montre dans ses dernières années, noueux et énergique, nostalgique et reconnaissant pour les plaisirs, et pourtant pas si apaisé que cela.

Le film réalisé par Laurent Delahousse rend hommage à un homme qui a voulu écrire jusqu’au bout, espérant ne pas être oublié par les générations futures mais conscient qu’il pourrait bien l’être comme d’autres de ses amis écrivains. L’écriture au soleil du Midi, en Suisse ou dans son hôtel particulier de Neuilly, paraît une fuite en avant contre le temps.

Qui était Jean d’Ormesson, si élégant dans ses mots et son allure, si privilégié par la fortune et l’intelligence, si aimé de sa fille, de sa petite fille? Il y a une attitude qu’il cherche à garder jusqu’à la fin: c’est la posture du gentilhomme, toujours courtois, l’oeil vif et scrutateur, désabusé ou amusé, intéressé surtout quand des jeunes femmes lui parlent. Mais comme le laissent transparaître plusieurs proches dans le film, il était sans doute plus grave qu’il ne voulait le paraître. Et le devoir était dans sa vie plus important qu’il ne le reconnaissait. «J’ai été divisé entre le devoir et le plaisir», admet-il.

Derrière ses yeux pétillants se cache une réalité plus sombre : la vie qui s’écourte et l’impuissance d’un homme qui aime trop la vie face à sa propre finitude. On est frappé par des gros plans sur ses mains de vieillard, anguleuses, aux veines apparentes, torturées. Son visage aussi, rugueux, raviné. Un entretien avec Emmanuel Macron, quand ce dernier était encore ministre, les fait discuter de leurs projets et du clivage gauche-droite qu’ils récusent chacun à leur manière. «Je n’ai jamais aimé les salles faciles», lâche celui qui, devenu président, va faire face à de nombreuses frondes.

Il y a aussi deux moments d’émotion, avec des larmes: lors des obsèques en 2017 de Michel Déon à Saint-Germain-des-Près, où il dit que la mort n’est pas une fin, et lorsqu’il évoque une lettre de son père, très admiré, qui refuse un cadeau d’un ami allemand très aimé, parce que c’est en pleine Occupation, et qu’il ne l’acceptera que quand la guerre sera finie.

Dans sa famille aristocratique, dit-il, «on a choisi plutôt Staline qu’Hitler». Un florilège de phrases typiques de l’écrivain prolixe jalonnent le film: «Il a fallu que je me libère de la tendresse de mes parents»; «A vingt ans, je ne baisais pas mais je travaillais»; «L’amour est trompé, fugitif ou coupable», «L’ascèse en général m’est assez étrangère» (il fond en rire), «J’ai passé à tort pour l’écrivain du bonheur», enfin: «Je n’ai pas peur. J’ai peur de Dieu peut-être, et c’est tout»