Reworld Media à l’affut de nouvelles acquisitions

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Pascal Chevalier, le patron de Reworld Media, qui a réussi à donner une seconde vie dans le numérique à des titres de presse déclinants, est à l’affut de nouvelles acquisitions, avec en ligne de mire les magazines de Mondadori en France ou ceux de Lagardère. Reworld est devenu en cinq ans «l’un des acteurs importants sur le marché français avec près de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires», en reprenant des titres comme «Auto Moto», «Marie France», le site en ligne «Be» et ses chaînes sur youtube, ou Maison et Travaux, souligne le président du groupe. «La taille atteinte par Reworld montre que ça marche et lui permet d’être acquéreur de tout ce qui passe sur le marché», souligne-t-il.Alors que le groupe italien Mondadori cherche à se séparer de ses magazines en France (dont «Top Santé», «Biba», «Grazia», «Sciences et Vie») et est en discussions avec les groupes Lagardère et Marie Claire pour un éventuel mariage à trois, Pascal Chevalier a confirmé que Reworld était aussi en embuscade pour récupérer ces titres. «On est intéressés, dans ce marché, les acquéreurs sont identifiés, il faut juste que les vendeurs se décident», relève-t-il. Le patron de Reworld, qui a déjà racheté huit titres à Lagardère, confirme qu’il «regardera» aussi les prochains médias, dont le magazine «Elle», que le groupe pourrait décider de céder, comme l’a laissé entendre Arnaud Lagardère la semaine dernière. Mais tout sera une question de prix: «Il y a beaucoup de choses à vendre dans le domaine du print (la presse imprimée, NDLR) qui perd de l’argent, et pas grand chose dans le digital (la presse en ligne) parce que c’est rentable (…) Quand on achète une marque print en décroissance, on n’achète pas cher», explique-t-il. La recette de Reworld a été de racheter à bas prix ou de se faire payer pour la reprise de titres en difficulté avant de les pousser à une mutation numérique accélérée. «On a été récupérer des marques dont la valeur est très importante. On ne connaît pas forcément Reworld Media, mais tout le monde connaît «Auto Moto», «Marie France», «Maison et Travaux» etc…», relève-t-il. Pour réussir à rajeunir ces titres, «on joue à fond sur les marques et le numérique, en particulier sur le mobile: aujourd’hui on fait plus de vidéos que l’on écrit». Le numérique change aussi la façon dont on vend la publicité aux annonceurs: «les annonceurs ne paient plus pour être vus, mais si ça marche», c’est-à-dire seulement si l’internaute clique sur la publicité, explique cet ancien ingénieur. Pour mieux servir les annonceurs, les rédactions des titres Reworld ont aussi développé une importante offre de «brand content», la création de contenus pour les marques. Le groupe coté sur le marché boursier des entreprises de taille moyenne Alternext a terminé l’année 2017 dans le vert. Il a publié mercredi un bénéfice net de 1,8 million d’euros, après une perte de 6,6 millions l’année précédente tandis que son c.a. consolidé a progressé de 7% à 185,6 millions d’euros. Reworld a aussi amélioré sa rentabilité sur l’exercice passé, son excédent brut d’exploitation gagnant 72% à 7,5 millions d’euros, même si des analystes tablaient sur une progression encore plus importante. Pour l’avenir, il table sur une poursuite de ce rythme de croissance qui pourrait s’accélérer en cas d’acquisitions. Il se dit persuadé que «les anciens groupes médias vont changer de main dans les années à venir, Lagardère l’a annoncé, Mondadori aussi». «Les actionnaires (de ces groupes) n’ont plus envie d’être dans les médias, et les managers s’alignent», note-t-il. «Cela va changer de mains et d’autres vont les développer, c’est notre cas. Finalement il y a deux groupes forts dans le numérique aujourd’hui, Webedia (qui édite les sites jeuxvideo.com, Allociné, Pure People, Terra Femina, NDLR) la société de Marc Ladreit de Lacharrière, et Reworld Media», observe Pascal Chevalier.