S. Pierre-Brossolette (CSA) : « Le service public est un très bon élève »

54

Lors d’une conférence de presse organisée au CSA le lundi 21 janvier, Sylvie Pierre-Brossolette, en charge des droits des femmes, a présenté le bilan de «six années d’action pour le Droit des femmes». L’occasion pour Média+ de faire le bilan avec Sylvie Pierre Brossolette, Conseillère responsable droits des femmes au CSA.

MEDIA +

Vous présentez, avec une certaine satisfaction, le Baromètre de la représentation des femmes à la télévision en 2018. Pourquoi ?

SYLVIE PIERRE-BROSSOLETTE

Le visionnage de près de 2.400 programmes venant de 17 chaînes de la TNT gratuite sur deux semaines de programmes en juin et septembre 2018, sur les tranches horaires de 17 à 23h a permis au Conseil d’établir plusieurs constats. Premièrement, la part de femmes représentées à l’antenne a continué son évolution entre 2016 et 2018, passant de 36% en 2016 à 39% en 2018. Deuxièmement, l’analyse des résultats du baromètre montre que la présence des femmes a augmenté sur l’ensemble des programmes. Les programmes dans lesquels les femmes sont les plus présentes en 2018 sont le divertissement (43%), la fiction (40%) et l’information (38%). Enfin, l’analyse des rôles tenus par les femmes, tous genres de programmes confondus, montre une augmentation de la proportion de femmes dans les rôles d’héroïnes (38,4% en 2018 contre 33% en 2016) et les rôles de personnages principaux (40,2% en 2018 contre 33% en 2016). Toutefois, des efforts restent à fournir pour améliorer la visibilité des femmes de plus de 50 ans à l’écran.

MEDIA +

Vous présentez aussi une étude interne comparative 2018-2013 sur la place des femmes dans le paysage audiovisuel français. Qu’en ressort-il ?

SYLVIE PIERRE-BROSSOLETTE

En effet, il s’agit d’une étude comparative 2018 à 2013 sur la place des femmes dans le paysage audiovisuel français. Cette dernière est une étude interne menée par le groupe de travail «Droit des femmes». Nous avons donc sélectionné quatre programmes d’information qui ont un fort impact sur les téléspectateurs : le JT de 20h de TF1 et de France 2, «Le 20h politique» de BFM et «C’est dans l’air» de France 5. Nous remarquons une évolution positive sur ces quatre programmes. En effet, le pourcentage de journalistes femmes du JT de 20h de France 2 progresse et gagne 15 points passant de 22% en 2013 à 37% en 2018. Sur cette même donnée, le JT de 20h de TF1 gagne 24 points passant de 8% à 32%. Pour l’émission de France 5, «C’est dans l’air», la part d’expertes est en hausse de 10 points, passant ainsi de 25% à 35%. Concernant «Le 20h politique» de BFM TV, la part de journalistes femmes gagne 50 points en passant de 0% en 2013 à 50% en 2018.

MEDIA +

Le service public est-il très bon élève selon vous ?

SYLVIE PIERRE-BROSSOLETTE

Le service public est un très bon élève. A noter : ce sont des femmes qui sont à la tête de France Télévisions, de Radio France, de France Médias Monde et d’Arte ! Avec 41% de part de femmes expertes sur ses antennes, France Télévisions est un très bon élève. Delphine Ernotte, la Président de France Télévisions, a d’ailleurs promis une part égale de femmes et d’hommes d’ici la fin de son mandat. Je me souviens qu’au moment du départ de M. Pujadas du 20h de France 2, il y a eu un certain étonnement d’apprendre qu’Anne-Sophie Lapix allait le remplacer. Finalement, elle a fait mieux que lui. Il s’est passé la même chose après le départ d’Yves Calvi de France 5. Caroline Roux invite beaucoup plus de femmes.

MEDIA +

Vous avez dressé le bilan de six ans d’actions pour le Droit des femmes. Il y a quelques points noirs qui persistent cependant…

SYLVIE PIERRE-BROSSOLETTE

La télé-réalité est un de ces points noirs. Nous avons tenté de discuter avec les chaînes diffusant de la télé-réalité pour parvenir à la signature d’une charte. Malheureusement, cela ne s’est pas fait.

MEDIA +

Les contenus numériques échappent au CSA. Peut-on les réguler ?

SYLVIE PIERRE-BROSSOLETTE

Le 6 novembre 2018, le Conseil de l’Union européenne a adopté la révision du texte de la directive SMA. Cette dernière étend le périmètre de la régulation à de nouveaux acteurs et notamment aux plateformes de partage de vidéos et cela comprend les plateformes telles que Youtube par exemple. Certains contenus, notamment de vidéo-musiques, porte toujours atteinte à l’image de la femme. Nous proposons une supra-régulation de la part des GAFA pour la mise en place des systèmes de contrôle qui évitent les débordements haineux, sexistes et violents.

MEDIA +

Votre mandat se termine le 23 janvier prochain. Qu’allez-vous faire après ?

SYLVIE PIERRE-BROSSOLETTE

Après le 23 janvier, je vais rejoindre la Fondation des Femmes où je m’occuperai de la préfiguration de la Cité de l’Egalité et Droit des Femmes annoncée par Anne Hidalgo. Je me verrai aussi confier diverses initiatives concernant la Fondation des Femmes.