Technologie mobile/ Huawei : l’Europe avance en ordre dispersé

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Alors que plusieurs pays en Asie et Océanie ont suivi les Etats-Unis dans l’interdiction d’équipements du chinois Huawei pour le déploiement de la 5G, craignant pour leur sécurité, l’Europe avance en ordre dispersé sur le sujet. Le principal opérateur télécom portugais MEO, propriété du groupe Altice, a par exemple signé un accord avec Huawei à l’occasion de la visite du président chinois, Xi Jinping, le 5 décembre, justifiant ce choix par le «savoir-faire, la compétence, le talent et la capacité de développer des technologies et d’investir dans notre pays». A l’inverse, la Norvège, dont les réseaux actuels sont largement composés d’équipements Huawei, réfléchit à des mesures visant à «réduire (sa) vulnérabilité», notamment à l’égard des «pays avec lesquels (Oslo) n’a pas de coopération sécuritaire» – ce qui vise implicitement la Chine – selon le ministère des Transports et des Communications, cité par la presse locale. Le gouvernement britannique continue, lui, d’exprimer sa «vive inquiétude» sur le sujet, alors que l’opérateur historique BT a décidé de couper les ponts avec l’équipementier chinois. L’agence tchèque de cybersécurité relève pour sa part que «les lois chinoises imposent aux sociétés privées ayant leur siège en Chine de coopérer avec les services de renseignement. Par conséquent, les introduire dans des systèmes clés d’un Etat pourrait constituer une menace». Plus réservée, l’Allemagne dit avoir «besoin de preuves» des risques que poserait Huawei, preuves que Berlin a de nombreuses fois réclamées aux Etats-Unis, sans réponse jugée convaincante jusqu’ici. L’Europe veut déployer rapidement la cinquième génération des technologies mobiles (5G), indispensable à l’essor des voitures autonomes et autres objets connectés. Or, en la matière, Huawei est incontournable car jugé plus performant que ses concurrents, le suédois Ericsson, le finlandais Nokia et éventuellement le sud-coréen Samsung, selon les experts. «Les opérateurs ont regardé les alternatives mais ils s’aperçoivent que Huawei est actuellement plus innovant et sans doute meilleur sur la 5G», confirme ainsi Dexter Thillien, analyste chez Fitch Solutions. «Huawei est aujourd’hui beaucoup plus cher que ses concurrents mais c’est également beaucoup mieux», insiste-t-on chez un opérateur européen, «ils ont vraiment pris de l’avance dans la qualité des équipements de réseau par rapport à leurs concurrents européens». «Il n’y a jamais eu de menace sécuritaire révélée jusqu’ici», assure-t-on chez un opérateur. «Partout en Europe, les opérateurs sont soumis à d’énormes contrôles en la matière et les équipements de Huawei n’ont jamais été pris en défaut». L’équipementier chinois ne lésine pas sur les moyens pour tenter de prouver sa bonne foi: après avoir ouvert des laboratoires de test de ses équipements en Allemagne et au Royaume-Uni, en coopération avec les gouvernements locaux, il doit en ouvrir un à Bruxelles avant la fin du 1T. Et pour cause: l’Europe est stratégique pour le groupe, l’ensemble EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) pesant 27% du c.a. global en 2017, principalement grâce aux opérateurs européens. Lors d’une conférence de presse mi-décembre, le PDG tournant, Ken Hu, regrettait «des spéculations sans fondement basées sur des considérations idéologiques ou géopolitiques» concernant les questions de sécurité. Pour ajouter encore à la confusion, les principaux opérateurs européens n’ont pas la même approche selon les pays dans lesquels ils agissent. Le français Orange, par exemple, a rappelé à plusieurs reprises qu’il ne comptait pas utiliser de matériel Huawei en France. Alors qu’il pourrait déployer la 5G avec ces mêmes équipements en Espagne ou en Pologne. Dans ce dernier pays, l’Allemand Deutsche Telekom a d’ores et déjà annoncé un accord avec Huawei pour son futur réseau 5G. Mais ne s’avance pas sur le choix qu’il fera en Allemagne.