M. BENNANI (Dreamspark) : «Beaucoup de nos programmes se consomment comme des séries.»

M. BENNANI (Dreamspark) : «Beaucoup de nos programmes se consomment comme des séries.»

Moe Bennani, président-fondateur de Dreamspark, détaille la transformation de sa société en studio de production artistique: une vision qui dépasse les règles du jeu pour embrasser l’univers, le récit et l’expérience spectateur.

MEDIA +

Dreamspark amorce une transformation majeure en devenant un véritable studio de production artistique. Qu’est-ce qui a déclenché ce changement de modèle ?

Moe BENNANI

Le changement s’est fait progressivement. Nous avons très vite compris que les chaînes n’avaient pas seulement besoin d’un format, mais d’une vision artistique globale, à la fois conceptuelle et opérationnelle. Aujourd’hui, nous avons une maitrise du game producing, mais aussi de briques clés comme le casting, le story-telling, le décor, la photographie, l’habillage ou la musique. L’objectif n’est plus de fabriquer un jeu, mais de créer un monde.

MEDIA +

Comment bâtissez-vous une identité de studio tout en répondant à des chaînes très différentes ?

Moe BENNANI

L’ADN de Dreamspark, c’est notre capacité à prendre des mécaniques complexes et à les rendre lisibles pour le téléspectateur. J’appelle ça la «mécanique transparente» : la règle structure, mais ne doit jamais écraser l’histoire. Nous travaillons aussi sur des concepts à portée universelle, quel que soit le diffuseur. «Les Loups-garous», c’est un village rongé par la défiance. «The Power», c’est la question lancinante de qui détient vraiment le pouvoir. «Les Tricheurs», c’est un dilemme moral simple qui parle à tous. Et «Bataille navale» ou «Les Chaises musicales» sont des jeux d’enfance connus partout dans le monde. Cette universalité fait partie de notre identité.

MEDIA +

Avec «Bataille navale» sur TF1, le programme n’a pas rencontré le public aussi largement qu’espéré…

Moe BENNANI

C’est vrai, les scores n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. Mais c’est précisément pour ça que c’est un retour d’expérience précieux. On s’est posé beaucoup de questions: est-ce que le jeu était trop «ordinaire» dans l’imaginaire collectif ? Fallait-il un casting plus événementiel ? Les téléspectateurs en linéaire sont aujourd’hui très exigeants : soit on accroche immédiatement, soit ça ne fonctionne pas. En revanche, la relation avec TF1, Arthur et les équipes de Satisfaction a été excellente. Un projet peut moins marcher ; une relation de travail, elle, doit rester irréprochable.

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«Les Loups-garous» sur Canal+ est aujourd’hui votre marque la plus identifiable en tant que studio de production artistique. Jusqu’où peut-on faire évoluer la mécanique sans la dénaturer ?

Moe BENNANI

Nous avons une base très solide : c’est un jeu de société, avec des règles établies et une richesse immense grâce aux extensions. Mais la vraie question que l’on se pose avec nos partenaires reste toujours la même : comment servir l’histoire? Avant le tournage, nous testons les rôles et les quêtes pendant des semaines, parfois sur des parties de 12 ou 13 jours. La fatigue, la paranoïa, les relations humaines changent totalement la dynamique. Nous sommes dans une série non scriptée : l’histoire doit prendre le dessus sur la mécanique. Chaque règle est pensée en fonction de l’émotion qu’elle va provoquer chez le téléspectateur.

MEDIA +

Vous avez renforcé votre équipe avec plusieurs recrutements clés…

Moe BENNANI

Notre métier donne parfois l’illusion d’être un métier d’idées, mais c’est avant tout un métier humain. Le relationnel est central, surtout quand un programme fonctionne moins bien. Je me dois donc de m’entourer de personnes qui partagent les mêmes valeurs que moi. J’en ai trois principales que je rappelle à chaque production : l’excellence, la transparence et la bienveillance.

MEDIA +

À moyen terme, quelle ambition portez-vous pour Dreamspark ?

Moe BENNANI

Mon objectif est de faire rayonner la création française à l’international. La France reste notre base, mais le marché se durcit et la prise de risque devient plus complexe. Nous développons donc un modèle hybride : une base française forte, et une part croissante d’activité à l’étranger. L’Allemagne, les Pays-Bas ou les États-Unis sont aujourd’hui très demandeurs de créations originales. Une part importante de nos revenus vient déjà de l’international.

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Un mot sur «Les Chaises musicales infernales» bientôt sur france.tv ?

Moe BENNANI

C’est l’un de nos grands projets 2026. Une coproduction avec Troisième Œil (Mediawan), actuellement en post-production. Nous avons créé un univers de comedy game très marqué, mêlant codes digitaux YouTube à la MrBeast et imaginaire pop culture assumé façon Mario Kart. Avec un incarnant événement : Florent Peyre, pour sa 1ère expérience d’animateur. Nous avons porté une attention particulière à la musique, aux effets visuels et à l’identité graphique. Nos duos de célébrités se sont donnés à fond – ils en ont eu des courbatures et des fou-rires – c’est un programme très drôle, et nous en sommes extrêmement fiers.

LES DIRIGEANTS
Moe BENNANI
Président-Fondateur 

COORDONNEES
33 rue de Fleurus 75006 Paris

DATE DE CREATION
 Mars 2022

PRODUCTIONS
«Loups-Garous» (C+); «The Power» (W9); «Les Tricheurs» (TFX)…

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