Google : la justice américaine renonce à nouveau au démantèlement du géant numérique

Google : la justice américaine renonce à nouveau au démantèlement du géant numérique

Un an après avoir épargné le navigateur Chrome, la justice américaine a de nouveau renoncé mercredi à démembrer Google, refusant d’imposer au groupe la vente d’AdX, sa plateforme d’enchères publicitaires. Deux fois jugé en situation de monopole ces dernières années, le géant du numérique s’en tire deux fois avec l’obligation de modifier ses pratiques, sans devoir céder le moindre actif. Dans une ordonnance de deux pages, la juge fédérale Leonie Brinkema, dont le tribunal siège à Alexandria (Virginie), rejette les trois mesures structurelles réclamées par le département de la Justice: la cession d’AdX, la mise en libre accès de la logique d’enchères finale du serveur publicitaire DFP et la cession conditionnelle du reste de ce serveur. Elle retient à la place l’essentiel des mesures de comportement proposées par les parties, telles que modifiées par la cour. Le 2 septembre 2025 à Washington, le juge Amit Mehta avait, de façon similaire, écarté la vente forcée de Chrome, dans le dossier distinct de la recherche en ligne, après avoir conclu, en 2024, à un monopole de Google dans ce domaine. Aucune des grandes procédures antitrust engagées ces dernières années contre les plateformes américaines n’a débouché à ce jour sur une cession d’actifs: dans un dossier visant Meta, la FTC, une des deux autorités antitrust américaines, a été déboutée en novembre 2025, la plainte du gouvernement contre Apple attend toujours son procès et celle visant Amazon doit être jugée en mars 2027. Pour les éditeurs de sites internet, que la juge Brinkema décrivait l’an dernier comme les 1ères victimes des pratiques de Google, l’architecture du marché publicitaire demeure inchangée. Le détail des obligations imposées reste inconnu. La juge a placé son opinion motivée sous scellés pour quatorze jours, le temps que les parties demandent d’éventuels caviardages. La décision donne par ailleurs trente jours aux deux camps pour lui soumettre un projet de jugement final commun. Dans une déclaration, la vice-présidente de Google chargée des affaires réglementaires, Lee-Anne Mulholland, s’est dite «très satisfaite que la cour ait rejeté la demande du département de la Justice de démanteler des outils qui aident les petites entreprises à croître en touchant de nouveaux clients». La CCIA, organisation professionnelle du secteur technologique dont Google est membre, a estimé que la décision «confirme que les sanctions antitrust doivent être étroitement calibrées sur les préjudices identifiés», selon son président Matt Schruers. La même juge avait conclu le 17 avril 2025 que Google avait délibérément acquis et maintenu un monopole sur les serveurs publicitaires des éditeurs de sites et sur les plateformes d’enchères, en liant illégalement ces deux produits. Google avait aussitôt annoncé son intention de faire appel et ce recours est toujours pendant. Le département de la Justice et plusieurs Etats américains avaient réclamé la cession d’AdX lors des audiences consacrées, l’automne dernier, aux débats sur les remèdes à apporter. Selon eux, Google contrôle simultanément plusieurs maillons de la chaîne: la plateforme où les sites vendent leurs espaces publicitaires, la bourse où les transactions se dénouent et les outils par lesquels les annonceurs achètent. Google avait jugé une telle scission techniquement irréalisable et déstabilisatrice pour les éditeurs comme pour les annonceurs, plaidant que ses outils apportent efficacité et innovation. Lors des plaidoiries finales en novembre, la juge avait interrogé les parties sur la durée qu’exigerait une cession forcée et relevé qu’aucun acquéreur n’avait été identifié pour AdX.

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