TP : trois syndicats dénoncent les conditions de travail des modérateurs

TP : trois syndicats dénoncent les conditions de travail des modérateurs

Exposition à des «contenus violents», «menaces de licenciement»: le groupe français TP est visé par une mise en demeure de 3 syndicats qui lui réclament d’améliorer les conditions de travail de ses salariés dédiés à la modération de contenus et à l’annotation de données pour l’IA. La fédération des salariés des télécommunications de la CGT (FATP-CGT) et deux associations kényanes de défense des travailleurs du clic, The Oversight Lab et Data Labelers Association, veulent que l’entreprise revoie «en profondeur son plan de vigilance afin de protéger les milliers d’employés de l’entreprise, au Kenya et dans le monde», affectés à ces tâches. Ces salariés ont été exposés à «des milliers de contenus violents à examiner chaque jour sans protection adéquate», insistent les associations dans un communiqué publié mercredi. Pour Romain Boillon, secrétaire général de la FATP-CGT, cette action vise à faire respecter «les droits et les garanties des travailleurs à l’autre bout de la planète». Les 3 organisations, qui ont collaboré avec le collectif de juristes Intérêt à agir et le groupe de recherche DiPLab, indiquent s’être appuyées sur plusieurs années de recherches sur le secteur du travail de la donnée. «Nous avons constaté que les employés de cette entreprise française (…) étaient exposés à des risques particulièrement graves pour leurs droits, pour leur santé et leur sécurité», a fait valoir Luca d’Ambrosio, président du conseil d’administration d’Intérêt à Agir. A l’origine spécialisé dans les centres d’appels, TP (ex-Teleperformance) a élargi depuis plusieurs années son éventail de services, agissant d’abord comme sous-traitant dans la modération de contenus pour des réseaux sociaux, avant de se lancer dans l’annotation de données. Cette activité, qui croît avec l’essor de l’IA générative, consiste par exemple à identifier sur des milliers d’images certains objets, symboles ou personnes, pour entraîner des modèles à les reconnaître. Mais à cause de l’exposition des travailleurs à des contenus parfois violents, le secteur a déjà fait l’objet de controverses. Au Kenya, Meta avait annoncé en avril mettre fin à sa collaboration avec l’entreprise Sama, alors que le groupe de Mark Zuckerberg faisait face à une série de poursuites. Dans le cas de TP, les signataires de la mise en demeure ont aussi mis en avant «un climat de peur et d’autocensure» chez certains salariés, qui ont évoqué «des menaces de licenciement ou de non-renouvellement de leur contrat lorsqu’ils contestent leurs conditions de travail ou tentent de se syndiquer». Pour interpeller le groupe, les organisations se fondent sur le devoir de vigilance auquel est soumis TP. Introduit dans le droit français en 2017, il impose aux grandes entreprises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l’environnement liés à leurs activités et à celles de leurs partenaires commerciaux, et de mettre en oeuvre des «mesures de vigilance raisonnable» pour les prévenir. Dans le dernier plan de vigilance publié en mars, TP indique avoir identifié des «risques relatifs à la santé mentale, notamment celle des collaborateurs en charge de la modération de contenus». Mais il ne mentionne pas de risques relatifs aux travailleurs affectés à l’annotation de données. Mercredi, la FATP-CGT, The Oversight Lab et Data Labelers Association ont appelé TP à réduire l’exposition des travailleurs aux contenus violents et traumatisants, et à agir auprès de ses clients «afin que leurs exigences commerciales ne puissent conduire à dégrader la santé, la sécurité ou les droits des travailleurs». Sans action du groupe dans un délai de trois mois, ces associations «pourront saisir» la justice, assurent-elles.

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