Attendue de pied ferme par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, la présidente de FTV, Delphine Ernotte Cunci, a défendu mercredi sans relâche sa gestion de l’entreprise et la neutralité des émissions, une «exigence absolue». Le contexte est inflammable et le rapporteur de la commission, le député Charles Alloncle (UDR), l’a soumise à plusieurs dizaines de questions incisives. Jusqu’au bout de cette audition fleuve de quatre heures trente, Delphine Ernotte Cunci a pris le temps de la pédagogie. «France Télévisions est un média financé par tous. Il doit donc s’adresser à tous, quels que soient son lieu de vie, ses opinions ou son niveau de revenus. Il s’agit, pour nous, d’une exigence absolue», martèle la dirigeante. Cependant, «les polémiques de ces dernières semaines ont pu alimenter un débat qui est légitime», reconnaît-elle. La commission d’enquête sur la «neutralité» et «le financement de l’audiovisuel public» a été voulue par les députés du groupe UDR d’Eric Ciotti, alliés du Rassemblement national qui souhaite la privatisation de l’audiovisuel public. Elle a été créée dans la foulée de l’affaire Legrand-Cohen, deux journalistes du service public accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant dans un restaurant avec deux de ses responsables. Plus généralement, France Télévisions ainsi que Radio France, dont les responsables seront auditionnés la semaine prochaine, sont accusés par une partie de la droite et le RN de partialité en faveur de la gauche. Face aux doutes du rapporteur sur la neutralité de France Télévisions, Mme Ernotte Cunci assure que le groupe se montre «exemplaire en matière de transparence de son offre d’information et d’équilibre des points de vue». Quant aux erreurs commises sur les antennes, «je ne considère pas que nous soyons irréprochables» et il y a des sanctions internes le cas échéant, expose-t-elle. Mais «cela ne veut pas dire que l’information de France Télévisions n’est pas rigoureuse», oppose-t-elle au rapporteur qui l’appelle à prendre ses «responsabilités». Dans les prochaines semaines, une «nouvelle direction de la déontologie» transversale va être mise en place. Une élue RN, Anne Sicard, s’agace: «Qui trompe les Français, CNews qui assume sa ligne, ou France Télé?» «Je considère que nous ne faisons pas le même métier» que CNews, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, rétorque Mme Ernotte Cunci. En septembre, elle avait qualifié CNews de «média d’opinion» et de «chaîne d’extrême droite». Sur l’autre volet de la commission, concernant le financement, la présidente de France Télé vante les «efforts massifs» réalisés par l’entreprise depuis son arrivée à sa tête en 2015. En 2026, «il va nous falloir revoir nos missions» et les contrats avec le monde de la production, prévient la dirigeante. En septembre, un rapport de la Cour des comptes a mis en évidence une «situation financière critique» à France Télé. Les Sages demandent que l’Etat fixe à l’entreprise «une trajectoire financière réaliste». «Est-ce que vous admettez votre part de responsabilité?», la presse Charles Alloncle. Delphine Ernotte Cunci ne se départ pas de son calme et renvoie aux décisions de la «tutelle», l’Etat. Même réponse sur sa rémunération. Sur les frais de réception élevés de France Télé en 2020, autre point soulevé par le rapporteur, elle rappelle qu’il a fallu nourrir les équipes mobilisées pendant la crise du Covid. Mme Ernotte Cunci balaie aussi les accusations sur des nuitées au festival de Cannes – «pas un euro d’argent public dépensé» – ou l’emploi dans le groupe d’Arnaud Ngatcha, par ailleurs adjoint de la maire de Paris, mettant en avant son travail. Interrogée sur sa soeur elle-même adjointe d’Anne Hidalgo, la présidente de France Télé vante sa famille «qui croit au service public».

































