En plein conflit judiciaire entre l’audiovisuel public et les médias de la galaxie Bolloré, l’émission d’investigation de France 2 « Complément d’enquête » analyse jeudi soir « La méthode CNews », chaîne « où immigration, islam et insécurité font régulièrement la une ». Présentée mercredi matin à quelques journalistes, cette émission d’une heure s’appuie sur des témoignages et des données chiffrées pour examiner « la ligne éditoriale » de la première chaîne d’information en continu de France. Un ancien reporter de CNews, désormais à France 3, assure qu’en 2021, avant l’élection présidentielle de 2022, un responsable de la chaîne lui a dit: « A partir de maintenant, on ne va plus faire que du muslim, muslim, muslim » (musulman, ndlr). Les journalistes de l’émission ont par ailleurs analysé avec un outil informatique la récurrence de certains termes à l’antenne. « Entre 2020 et 2024, le mot islam a été utilisé à 30.993 reprises sur CNews, soit au moins deux fois plus que les chaînes concurrentes. Le mot immigration à 69.353 reprises, soit deux à trois fois plus », indique en voix off l’autrice de l’émission, Lilya Melkonian. L’émission s’appuie également sur une enquête de Reporters sans frontières (RSF) selon laquelle CNews « contourne » le pluralisme politique dans les temps de parole en reléguant les discours de responsables de gauche à des horaires nocturnes. La diffusion de ce « Complément d’enquête » intervient dans un contexte très tendu entre l’audiovisuel public et les médias dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré (CNews, Europe 1 et le JDD). Début novembre, France Télévisions et Radio France ont attaqué en justice pour « dénigrement » les médias de la galaxie Bolloré, en leur reprochant un traitement « outrancier et déséquilibré » de l’affaire Legrand-Cohen. Ces deux journalistes du service public ont été accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant au restaurant avec deux de ses responsables. Les médias de la galaxie Bolloré y ont vu un signe de partialité du service public en faveur de la gauche. Dans le sillage de cette affaire, l’UDR, parti d’Eric Ciotti allié du Rassemblement national, a obtenu la création à l’Assemblée nationale d’une commission d’enquête sur la « neutralité, le fonctionnement et le financement » de l’audiovisuel public. Ses travaux ont débuté mardi.



































