Entré en bourse et désormais présent dans près de 70 pays après le rachat de MultiChoice, CANAL+ affirme sa vision d’une responsabilité sociale et environnementale à la hauteur de son expansion internationale. Développement durable, inclusion, diversité et représentations à l’écran deviennent des leviers stratégiques autant qu’éditoriaux. Laure Gauthier, Directrice RSE du groupe, détaille pour nous cette nouvelle politique structurée «derrière» et «devant» la caméra, où la décarbonation, la révélation des talents et le storytelling responsable avancent main dans la main.
MEDIA +
Depuis l’entrée en bourse de CANAL+, vous dévoilez pour la première fois une stratégie RSE globale. Quelles en sont les grandes priorités ?
LAURE GAUTHIER
Depuis son entrée en bourse et l’acquisition du groupe sud-africain MultiChoice, CANAL+ s’est transformé en acteur mondial présent dans près de 70 pays, comptant 40 millions d’abonnés. Cette nouvelle dimension internationale nous a conduits à structurer une politique RSE autour de deux grands axes : derrière la caméra et devant la caméra. Derrière la caméra, notre première priorité est de décarboner l’industrie audiovisuelle. Nous voulons entraîner toute la filière vers des pratiques plus responsables, en nous appuyant sur notre empreinte internationale. En France, nous sommes membres fondateurs de l’association Écoprod; au Royaume-Uni, 100% des films produits par STUDIOCANAL sont labellisés Albert ; et en Afrique, nous adaptons ces standards aux réalités locales, avec une expérimentation en 2025 au Bénin pour tenir compte des contraintes énergétiques. Le second axe, toujours derrière la caméra, vise à révéler les talents de tous horizons. Notre présence mondiale nous pousse à refléter la diversité de nos audiences. Nous collaborons avec des écoles comme la CinéFabrique ou la Cité Européenne des Scénaristes, et avons créé Canal+ University en Afrique pour former aux métiers de l’audiovisuel.
MEDIA +
Comment cette démarche RSE s’intègre-t-elle concrètement dans vos métiers ?
LAURE GAUTHIER
Elle concerne absolument tous les pôles du groupe. Côté technologie, par exemple, le nouveau décodeur CANAL+ est conçu à 97% en plastique recyclé. Et nous demandons désormais à chaque porteur de projet interne d’évaluer l’impact environnemental de son initiative avant son déploiement. Sur le plan international, nous avons structuré la gouvernance RSE autour de deux directions : une pour l’Europe et une pour l’Afrique. Cela permet d’assurer la cohérence de la stratégie et de diffuser les bonnes pratiques dans toutes nos filiales.
MEDIA +
Et devant la caméra ? Comment la RSE influence-t-elle vos contenus ?
LAURE GAUTHIER
Devant la caméra, nos deux priorités sont l’accessibilité et la représentativité. Sur l’accessibilité, nous développons en interne nos technologies, notamment pour l’APP CANAL+, avec des tests utilisateurs menés en partenariat avec des associations comme Campus Louis Braille. L’objectif : garantir une expérience fluide pour tous les abonnés, y compris les personnes en situation de handicap. Sur la représentativité, nous avons intégré à notre processus créatif le test de Bechdel, devenu un outil de référence pour mesurer la place des femmes dans les récits audiovisuels. Créé dans les années 1980 par la dessinatrice américaine Alison Bechdel, ce test interroge sur trois critères simples : une œuvre met-elle en scène au moins deux personnages féminins nommés, qui discutent entre elles d’un sujet autre qu’un homme ? Derrière sa simplicité apparente, ce test met en lumière les déséquilibres persistants dans la représentation des femmes à l’écran. En 2019, le collectif 50/50 a révélé que plus de la moitié des films du box-office français ne le passaient pas. Chez CANAL+, nous avons décidé d’en faire un levier de progrès : nos équipes ont été formées, et aujourd’hui 75% de nos créations originales réussissent ce test. Nous visons 80% pour toutes nos productions internes à court terme. Ce n’est pas une contrainte artistique, mais un outil de réflexion qui incite les auteurs et réalisateurs à explorer de nouveaux points de vue. Il s’agit de raconter autrement, sans travestir le récit, mais en diversifiant les représentations. Nous appliquons la même logique à l’écologie à l’écran. L’environnement peut être central, comme dans «L’Effondrement» ou «Family Like Ours», ou s’exprimer par des gestes symboliques, comme un personnage qui choisit le train plutôt que l’avion. Ces détails contribuent à faire évoluer l’imaginaire collectif.
MEDIA +
La RSE peut-elle aussi devenir un levier économique pour CANAL+ ?
LAURE GAUTHIER
Oui, c’est même un pilier stratégique. La direction RSE est rattachée à la direction financière, car nous pensons qu’une entreprise responsable crée de la valeur sur le long terme. La RSE, chez nous, est autant un engagement sociétal qu’un facteur de performance durable.
MEDIA +
Comment embarquez-vous les collaborateurs et les producteurs dans cette démarche ?
LAURE GAUTHIER
Par la formation et la mesure. Plus de 800 collaborateurs ont déjà été formés sur les stéréotypes dans les contenus. Nous organisons aussi des ateliers d’éco-production. Et désormais, chaque fiche greenlight intègre à la fois une évaluation carbone et une grille d’analyse RSE. Cela permet d’impliquer les équipes dès l’écriture, sans attendre la phase de tournage.
MEDIA +
Un dernier mot ?
LAURE GAUTHIER
Oui, rappeler que la RSE nourrit aussi nos récits. Je pense à la série «Empathie», sur la santé mentale, ou au documentaire «L’Épopée joyeuse», consacré aux Cafés Joyeux qui emploient des personnes en situation de handicap. Après avoir produit cette série documentaire, nous avons installé un comptoir Café Joyeux dans nos propres locaux. C’est un bel exemple de ce que nous cherchons à faire : passer de l’écran à l’action.
































