Alors que l’information se consomme désormais en flux continu, Cafeyn s’impose comme le «Spotify de la presse» en rassemblant sur une même plateforme des milliers de titres français et internationaux. Son directeur général, Laurent Kayser, revient sur les enseignements d’une étude Ipsos révélant l’appétit croissant des Français pour les agrégateurs d’actualités, la stratégie d’innovation du groupe, l’essor du modèle B2C après le rachat de Readly, et les prochaines grandes évolutions de l’expérience utilisateur entre personnalisation, audio et vidéo.
Votre étude avec Ipsos montre que 60% des Français seraient intéressés par un agrégateur d’informations. Est-ce le signe d’une maturité du public vis-à-vis du streaming de l’info ou d’une défiance accrue envers les médias traditionnels ?
Non, je pense que c’est plutôt l’inverse. Le public ne rejette pas les médias traditionnels, il cherche simplement un lieu où il peut retrouver des sources d’informations diversifiées et de qualité. Aujourd’hui, on peut bien sûr s’informer via les sites des médias, la presse papier, la télévision ou la radio. Mais lorsqu’on souhaite confronter différents points de vue, comparer les traitements de l’actualité et croiser les opinions, il n’existe pas de véritable solution centralisée… à part des agrégateurs de contenus d’information. Il existe un besoin, comparable à ce qu’on retrouve dans la musique ou la vidéo, d’avoir un espace unique regroupant de l’information fiable et de qualité. C’est exactement la position que Cafeyn défend. Les réseaux sociaux, eux, se sont complètement désengagés de cette exigence de fiabilité.
D’autant que 37 % de vos abonnés ont moins de 35 ans. Comment expliquez-vous ce rajeunissement alors que la presse peine à séduire les jeunes ?
C’est avant tout une question d’expérience utilisateur. Le contenu de la presse reste reconnu et plébiscité : il est fiable, documenté et inspire confiance. Les jeunes ne rejettent pas ce contenu, mais ils attendent une expérience digitale fluide, dynamique et adaptée à leurs usages. C’est ce que nous construisons chez Cafeyn : une interface moderne, intuitive, qui s’inscrit dans les standards des plateformes numériques qu’ils utilisent au quotidien. Il faut repenser la manière de lire la presse en ligne, comme on l’a fait dans la musique avec Spotify ou dans la vidéo avec Netflix.
Vous développez également de nouvelles fonctionnalités pour renforcer ce lien générationnel.
Exactement. Cafeyn est avant tout une entreprise technologique. Plus de la moitié de nos effectifs – environ une centaine de personnes – travaillent sur la tech, le produit et la data. Nous avons même un département dédié à l’innovation, chargé d’imaginer les nouveaux usages de demain. L’une de nos dernières avancées, très populaire auprès des utilisateurs, c’est la fonctionnalité «À la une», lancée cet été. Elle repose sur notre propre algorithme de recommandation. Chaque matin, les lecteurs y trouvent les principales actualités traitées du jour par nos éditeurs partenaires, accompagnées d’un résumé de l’actualité. Et surtout, ils peuvent accéder directement aux articles issus de plusieurs sources traitant le même sujet : entre 4 et 15 en moyenne. C’est une expérience unique : elle permet d’approfondir un thème en confrontant les points de vue, pour se forger sa propre opinion.
77 % de vos utilisateurs se disent prêts à payer plus de 10 € par mois pour de l’information de qualité. Est-ce la fin de l’idée que l’info doit être gratuite ?
L’information ne devrait jamais être gratuite. Vous le savez bien, il y a un véritable travail journalistique derrière chaque article, qui mérite d’être rémunéré. Quand le travail des journalistes est valorisé, il en résulte une information de meilleure qualité. Historiquement, la publicité finançait en grande partie le modèle économique de la presse. Mais aujourd’hui, les géants du numérique ont capté la majeure partie des revenus publicitaires. Résultat : les médias doivent repenser leur modèle et trouver d’autres sources de financement. Faire payer pour l’information n’est donc pas une régression, c’est une nécessité. Cela n’empêche pas, comme le fait Canal+ avec ses plages en clair, d’offrir certains contenus pour faire découvrir la richesse éditoriale et donner envie de s’abonner.
L’étude révèle aussi que 78% des abonnés découvrent Cafeyn via un partenaire (opérateur, CSE, bibliothèque…). Quelle est la part du B2B versus B2C dans votre modèle ?
C’est un sujet sur lequel nous avons beaucoup travaillé. Il y a encore quelques années, l’essentiel de nos revenus provenait des grands partenariats de distribution – ce que nous appelons le B2B2C (banques, opérateurs téléphoniques, assurances…). Aujourd’hui, notre modèle est bien plus équilibré. Nous conservons des accords stratégiques de long terme, comme avec Free, SFR, Bouygues ou Boursorama, mais nous développons en parallèle notre activité B2C directe : de plus en plus d’utilisateurs s’abonnent par eux-mêmes, ou via l’un de nos partenaires, en payant pour le service. En parallèle, le B2B (CSE, bibliothèques, éducation, institutions publiques, notamment pour des usages professionnels) est aussi en forte croissance. Nous proposons par exemple des fonctionnalités de veille personnalisée : sur la version web, un utilisateur peut définir des mots-clés, et Cafeyn lui envoie en temps réel toutes les informations correspondantes issues de nos sources. Enfin, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de consolidation européenne. Nous sommes en train de finaliser l’acquisition des activités non nordiques de Readly : Allemagne, Autriche, Suisse, Royaume-Uni, Benelux, Italie, mais aussi Australie, Nouvelle-Zélande et un peu d’Amérique du Nord. Cette opération, une fois finalisée, fera de Cafeyn le leader incontesté de l’agrégation d’informations en Europe. Et surtout, elle renforce notre dimension B2C, puisque Readly est une plateforme grand public.
Cafeyn est désormais implanté dans 9 pays et collabore avec plus de 500 éditeurs. Quelle sera votre priorité pour 2026 ?
D’abord, conquérir de nouveaux marchés : c’est le prolongement naturel de notre stratégie de croissance internationale. Ensuite, renforcer notre innovation technologique et l’expérience digitale. Enfin, enrichir encore notre catalogue de contenus. Avec l’intégration complète de Readly, nous passerons d’environ 2 500 titres aujourd’hui à près de 8 000. C’est une profondeur de catalogue inédite, qui offrira aux utilisateurs un panorama encore plus riche et plus diversifié de la presse internationale.
Quelles seront les prochaines grandes innovations en matière d’expérience utilisateur ?
Notre priorité, c’est la personnalisation et les formats diversifiés. Chaque utilisateur doit pouvoir avoir son Cafeyn, différent de celui de son voisin. Nous travaillons sur un équilibre subtil entre recommandation algorithmique et contrôle utilisateur. L’algorithme doit vous guider vers de nouvelles découvertes, mais vous restez maître de votre expérience : vous choisissez vos thèmes, vos médias, vos préférences. Côté formats, nous explorons la complémentarité entre texte, audio et vidéo. On peut déjà lire les articles dans un confort optimal et les écouter grâce à une technologie audio de très haute qualité. Nous expérimentons désormais la vidéo, notamment dans les rubriques actualité et politique, avec des partenaires comme Public Sénat, LCP ou Euronews. L’idée, à terme, est de vous faire passer naturellement du texte à l’audio ou à la vidéo selon vos besoins et vos envies, ce qui permet par ailleurs de rajeunir les audiences de la presse et de l’information.

































