Les réseaux sociaux nuisent à la santé des ados, alerte l’Anses

Les réseaux sociaux nuisent à la santé des ados, alerte l’Anses

L’usage des réseaux sociaux nuit gravement à la santé mentale des adolescents, en particulier celle des filles, estime l’agence de sécurité sanitaire en France, où les autorités veulent les interdire aux jeunes usagers comme l’a récemment fait l’Australie. A l’heure où de nombreux pays réfléchissent à des mesures régulant l’accès à Facebook, Instagram, TikTok ou Snapchat et après la restriction inédite imposée par l’Australie en décembre aux moins de 16 ans, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié mardi un avis conséquent sur le sujet. S’ils ne sont pas la cause unique de la dégradation de la santé mentale des adolescents, les effets négatifs des réseaux sociaux sont «nombreux» et «documentés», affirme l’Anses dans ce document, fruit de 5 ans de travaux d’un comité d’experts pluridisciplinaire. L’agence préconise d’«agir à la source» pour que les mineurs n’accèdent qu’à des «réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé». Cela implique que les plateformes modifient algorithmes de personnalisation de contenu, techniques d’interfaces persuasives et paramétrages par défaut, souligne l’agence, dont les travaux éclairent les décisions publiques. Autrement dit, il s’agit de limiter les contenus addictifs ou inadaptés et de fixer par défaut des réglages plus sûrs pour les mineurs, afin de protéger leur santé mentale et leur bien-être en ligne. «Cette étude donne des arguments scientifiques au débat sur les réseaux sociaux des dernières années: elle est basée sur 1.000 études qui ont été décortiquées» et documentent «les effets sur la santé», a affirmé Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise. Contrairement à l’Australie qui a fixé la barre à 16 ans, la France veut les interdire aux moins de 15 ans: deux textes de loi ont été rédigés et doivent être débattus par le Parlement français. Pour l’agence sanitaire, les «systèmes de captation de l’attention» des plateformes «exploitent des vulnérabilités propres» aux adolescents (tendance à prendre des risques, à la comparaison sociale, importance du jugement des pairs) alors qu’ils n’ont pas les «capacités de régulation émotionnelle et comportementale» des adultes. Les réseaux sociaux consultés via un smartphone, sur lequel la moitié des 12-17 ans passent 2 à 5 heures par jour, sont une «caisse de résonance inédite» qui renforce les stéréotypes, met en avant des comportements à risque et favorise le cyberharcèlement. Ceci découle d’un modèle économique «maximisant le temps d’utilisation» à des fins lucratives et de «stratégies de captation de l’attention» (défilement infini des contenus, contenus ultra personnalisés…) incitant les adolescents à rester sur les réseaux sociaux au détriment de leur sommeil. Cela induit somnolence, irritabilité, tristesse et «favorise des symptômes dépressifs», rappelle l’Anses. En outre, les contenus véhiculent des «idéaux normatifs» inatteignables, intériorisés par les filles, via des images retouchées, pouvant «engendrer une dévalorisation de soi», «terrain fertile» pour les symptômes dépressifs et les troubles alimentaires. Les algorithmes de personnalisation des contenus exposent certains mineurs à des publications incitant au suicide, à l’automutilation ou à des comportements à risques (défis dangereux, consommation de drogues, alcool, tabac, cannabis…) et aux cyberviolences (insultes, rumeurs, exclusion, chantage, …), amplifiées par l’anonymat et la facilité de diffusion des menaces. Plus utilisatrices des réseaux sociaux que les garçons, davantage objets de «pression sociale liée aux stéréotypes de genre» et plus cyberharcelées, les filles sont «plus impactées», constate l’Anses, à l’instar des personnes LGBTQI et des jeunes ayant déjà des troubles psychiatriques. Pour l’agence, les contenus délétères pour la santé (violents, pornographiques, harcèlement, conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes…) doivent être interdits.

Il y a urgence, alors que l’IA redouble le danger: «Perte de pensée critique, génération de stéréotypes ou contenus dangereux…».

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