Washington a mis lundi la pression sur l’UE, en l’appelant à «rééquilibrer» ses lois régulant la tech, accusées d’entraver les champions américains du secteur, si elle veut obtenir en échange une baisse des droits de douane américains sur l’acier européen. Depuis l’accord commercial noué cet été entre les États-Unis et l’UE, les tensions ne sont décidément pas totalement retombées entre les deux blocs. Plusieurs questions stratégiques n’ont pas été réglées par ce pacte, qui fixe à 15% les droits de douane sur la plupart des produits européens importés aux Etats-Unis. Principal point de friction, l’acier. Les États-Unis ont non seulement exclu de l’accord les importations d’acier et d’aluminium fabriqués dans l’UE, frappées de droits de douane de 50% depuis le début de l’année. Ils ont étendu ces taxes à plusieurs centaines de produits contenant ces métaux, allant de sièges auto pour bébé aux bulldozers en passant par l’ameublement. L’UE, qui vient elle-même d’imposer des taxes sur les importations d’acier pour tenter de protéger ses propres producteurs, aimerait parvenir à s’allier avec les États-Unis sur ce marché stratégique, en mettant en place des exemptions de droits de douane réciproques pour mieux lutter face au rouleau compresseur chinois. Mais le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick, invité lundi à un conseil des ministres européens à Bruxelles a posé ses propres exigences: que l’UE revienne d’abord sur sa réglementation numérique, comme le DMA (règlement sur les marchés numériques) et le DSA (son pendant pour les contenus en ligne), deux textes phares qui visent à lutter contre les abus des géants de la tech. «L’UE et ses ministres du Commerce devraient analyser sérieusement leurs règles sur le numérique, pour essayer non pas de les abandonner, mais de trouver un équilibre qui nous convienne, et s’ils y arrivent, je pense que nous pourrons résoudre ensemble les questions sur l’acier et l’aluminium», a expliqué à la presse M. Lutnick. Parmi les griefs du gouvernement américain, régulièrement relayés par Donald Trump lui-même, cette législation européenne ciblerait injustement les champions américains du secteur, comme l’amende géante de près de 3 milliards d’euros infligée début septembre à Google. «Le DMA et les lois similaires de l’Europe fixent des seuils d’application qui souvent ne sont atteints que par des entreprises américains, et leur mise en oeuvre est assez agressive», avec des amendes «élevées», a estimé Jamieson Greer, représentant américain au Commerce. Selon M. Lutnick, revoir ces règles serait dans l’intérêt de l’UE elle-même, car elle encouragerait les géants américains à investir massivement sur le Vieux Continent, notamment dans le domaine de l’IA, au lieu de les entraver. «Sept de nos entreprises vont investir chacune 500 milliards de dollars aux États-Unis pour construire des centres de données. Si l’Union européenne réussit à établir des règles numériques équilibrées, je pense qu’elle recevrait 1.000 milliards de dollars d’investissements», soit l’équivalent d’un point et demi de croissance pour l’économie européenne, a-t-il fait valoir M. Lutnick. Pour autant, Bruxelles ne semble pas prêt à réviser ses règles sous la pression américaine. Le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic a assuré que les règles européennes n’étaient «pas discriminatoires» et ne «visent pas les entreprises américaines». «Mais nous savons que c’est un sujet dont les Etats-Unis veulent discuter», et «nous sommes prêts à répondre à leurs questions, de même que les Etats-Unis sont prêts à répondre à nos interrogations et suggestions sur l’acier et d’autres secteurs importants» pour nous, a-t-il ajouté. «Nous sommes toujours ouverts pour discuter de tous les sujets et leurs préoccupations potentielles avec nos partenaires, mais cela ne change pas le fait que l’Europe a un droit souverain à légiférer», a renchéri un porte-parole de la Commission.



































