D. CASAS (Fédération Française des Télécoms): «Les opérateurs télécom subissent la pression concurrentielle des géants du net»

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Les opérateurs de télécommunications sont des acteurs clés de l’économie nationale : le secteur est, de loin, le premier investisseur privé dans les infrastructures en France. Bilan et perspectives avec Didier CASAS, Président de la Fédération Française des Télécoms.

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Quelle est aujourd’hui la part des investissements des opérateurs télécoms en France ?

Didier CASAS

En 2017, les opérateurs ont investi près de 10 milliards €. Il s’agit d’un nouveau record, qui confirme que le secteur des télécoms est le 1er investisseur privé dans les infrastructures en France. Cet effort massif d’investissement va encore s’amplifier avec l’accélération du déploiement des nouveaux réseaux (4G mobile et très haut débit fixe), notamment grâce à la signature d’un accord avec le gouvernement, qui prévoit que nous accélérions nos déploiements partout sur le territoire pour généraliser la 4G, mieux couvrir les routes, l’intérieur des bâtiments…

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Comment se positionne la France par rapport à nos voisins européens ?

Didier CASAS

En tête ! Avec 133 € investis par habitant, contre 106, en moyenne, dans les autres pays, la France se situe au 1er rang parmi les 5 plus grands pays européens pour les dépenses d’investissement des opérateurs par habitant.

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Dans quelle mesure les télécoms sont-ils un accélérateur économique ?

Didier CASAS

Disposer de réseaux performants est essentiel pour garantir la compétitivité économique, et l’attractivité du pays. Les investissements des opérateurs permettent à notre économie de se transformer (Cloud, Big Data…) et à notre cadre de vie de s’améliorer, avec la Smart City, le véhicule autonome ou la télémédecine. D’ailleurs, notre étude démontre que 1 € investi par les opérateurs engendre 6 € de PIB supplémentaire, ce qui montre que les télécoms sont les principaux moteurs du développement des filières numériques d’avenir.

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Face à l’explosion des usages, les prix sont historiquement bas. Comment l’analysez-vous ?

Didier CASAS

Là encore, la France est championne, puisque les prix pratiqués en France sont les plus bas d’Europe. Les efforts des opérateurs ont donc permis d’augmenter le pouvoir d’achat des Français puisque l’achat des forfaits fixes et mobile ne représente, en moyenne, que 2 % des dépenses, contre, par exemple 14 % pour les transports. De tous les grands secteurs régulés (énergie, eau…), nous sommes le seul dont les prix ont baissé, même si nous avons continué à investir et à innover pour l’avenir de notre pays.

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Quelle perspectives et enjeux pour 2019 ?

Didier CASAS

La baisse de rentabilité du secteur, conjuguée à une lourde fiscalité spécifique, qui représente 12% de nos investissements, a eu un impact négatif sur la valorisation des opérateurs, par comparaison avec celle des opérateurs étrangers et surtout de celle des acteurs de l’internet. De plus, les opérateurs subissent la pression concurrentielle des géants du net, qui sont peu régulés et échappent encore largement à l’impôt, malgré les efforts du gouvernement français. En 2019, nous souhaitons que le cadre législatif et réglementaire libère notre capacité à investir. L’accord signé avec le gouvernement nous a permis d’accélérer les déploiements, au bénéfice de tous. Nous souhaitons donc qu’il serve de modèle à la régulation de notre secteur dans les années à venir.