S. LE BARS (USPA) : « La France est ainsi le 3e pays distributeur de documentaires aux plateformes».

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À l’occasion de l’édition 2022 du FIPADOC, l’USPA, l’Union Syndicale de la Production Audiovisuelle, a tenu une permanence pour répondre aux besoins des acteurs du genre documentaire. L’occasion pour média+ de faire un état des lieux avec Stéphane LE BARS, Délégué Générale de l’USPA.

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Comment se porte le genre documentaire ?

Stéphane LE BARS

Nous assistons à un véritable succès autour du documentaire de création français. Ainsi le documentaire «Kubrick par Kubrick» (Temps Noir pour Arte) de Gregory Monro a été primé Meilleur documentaire dans la catégorie «programmation artistique» aux International Emmy Awards 2021. De plus, les documentaires signent de plus en plus des audiences fortes comme «Nous paysans» (Promgram33) avec 5,6 millions de curieux devant France 2, «Cinquante nuances de requins» (Le cinquième rêve) avec 2 millions de téléspectateurs devant Arte, ou encore «France, le fabuleux voyage» (Les Bons Clients) avec 3,3 millions de curieux devant France 2.

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Le documentaire est-il un genre qui s’exporte facilement ?

Stéphane LE BARS

2020 signe un nouveau record pour l’export du genre documentaire pour atteindre 46 millions d’euros de ventes de documentaires. Les droits monde sont, eux aussi, en évolution. En effet, avec 5,2 millions d’euros de ventes à des plateformes mondiales en 2020 (+30% par rapport à 2019), le documentaire a représenté 13% du marché des acquisitions de programmes français, devant la fiction française. La France est ainsi le 3ème pays distributeur de documentaires aux plateformes.

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Quel regard portez-vous sur la fusion des Groupes TF1 et M6 ?

Stéphane LE BARS

Le Groupe M6 et le Groupe TF1 affirment que la future fusion a pour objectif de relever les défis résultant de l’accélération de la concurrence des plateformes numériques mondiales, actives sur le marché publicitaire français et dans la production de contenus audiovisuels de qualité. Pour rappel, que ce soit du côté du Groupe TF1 ou du Groupe M6, les investissements dans la création sont très minimes. Ainsi, le Groupe TF1 investit 181,5 millions d’euros en 2019 dans les œuvres patrimoniales, et le Groupe M6 en investit 82,8 millions, soit un total de 270 millions d’euros en 2019, dans les œuvres patrimoniales et en incluant les chaînes du groupe Lagardère. Concernant le genre documentaire, TF1 et M6 déclarent de l’ordre de 50 millions d’euros de documentaire au titre des obligations de production, mais la part du documentaire de création est marginale.

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Le documentaire est-il suffisamment aidé ?

Stéphane LE BARS

Les financements ne couvrent que 84% du coût de l’œuvre. L’apport producteur est la part non financée de chaque œuvre, soit 55 millions d’euros par an. Ainsi, la société de production est la seule partie dans la création d’un documentaire à ne pas pouvoir couvrir ses propres dépenses et se rémunérer. A savoir que le décret TNT fixe un seuil à 50% du financement des œuvres qui permet aux diffuseurs d’accéder aux parts de coproduction et à des droits digitaux élargis. Cette position du gouvernement fragilise un peu plus l’économie du documentaire et rend impossible son équation financière. Nous ne sommes pas contre accorder des droits digitaux élargis, mais à condition d’avoir un financement suffisant : le seuil de 50% est inadéquat pour le documentaire de création, et une cession des droits digitaux ne peut être envisagée en-dessous de 60%.