À l’occasion de ses 80 ans, L’Équipe déploie un dispositif d’envergure sur tous ses supports. Sa direction assume une célébration tournée vers l’avenir, portée par une exigence éditoriale intacte et une conviction : là où va le sport, L’Équipe va aussi. Entretien avec Frédérique Galametz, directrice de la rédaction déléguée de L’Équipe.
À l’occasion des 80 ans, vous déployez un dispositif massif : print, digital, télévision, événementiel. Est-ce une célébration patrimoniale ?
L’Équipe ne vit pas dans la nostalgie. Elle regarde tout droit devant elle. Ces 80 ans, c’est la somme de notre passé, de notre présent et de notre futur. Bien sûr, nous sommes une marque patrimoniale. On a l’habitude de dire que là où il y a un Français, il y a L’Équipe : en vacances hier, au bureau aujourd’hui. Nous assumons pleinement ce passé. Mais nous vivons en 2026, avec de grands événements comme les JO que nous venons de couvrir avec une délégation importante de 15 personnes, et bientôt une Coupe du monde où nous serons encore plus nombreux (21 avec les photographes) sur le terrain. Nous allons partout où le sport se passe. Notre avenir est clair : continuer à être un média de résultats, de grands matchs, de grands reportages, d’émotions… mais aussi accompagner l’évolution du sport dans la société. Le sport infuse désormais l’économie, l’environnement, les sujets sociétaux. Là où va le sport, nous allons.
Vous revendiquez 39 millions de personnes en contact mensuel avec la marque et 270 000 abonnés numériques. Où se situe le principal levier de croissance ?
Un peu partout, en réalité. L’abonnement doit évidemment continuer à progresser : c’est un pilier stratégique. La vidéo constitue un axe majeur de développement. Nous sommes en train de restructurer notre service pour produire davantage, mais surtout produire mieux. Notre exigence reste la même que sur le print : nous sommes d’abord un journal d’information. Chaque contenu est vérifié, recoupé, validé. Quel que soit le support, l’exigence éditoriale ne varie pas. Nous voulons des vidéos à la hauteur des standards de L’Équipe : qualitatives, structurées, incarnées, et parfaitement alignées avec notre ADN.
Le sport est devenu un sujet sociétal. Jusqu’où un média sportif peut-il s’engager sans perdre son ADN historique ?
Tout est compatible. Dans un même journal, vous pouvez lire un décryptage sur un match de Ligue des champions, un reportage sur des athlètes de retour des Jeux, un récit sur la guerre en Ukraine à travers le témoignage de Paulo Fonseca, ou encore un sujet de consommation. Tout a du sens. Nous sommes historiquement un journal apolitique car le sport rassemble tous les publics. Traiter des enjeux sociétaux liés au sport ne signifie pas devenir un journal politique. La nuance est fondamentale. Notre fondement reste l’exactitude. Chez nous, 3-0, ce n’est pas 0-3. La qualité commence là. Ensuite, nous élargissons les sujets traités, parce que le sport s’est lui-même élargi.
Le print reste-t-il un pilier économique ou devient-il un produit d’image ?
Pourquoi hiérarchiser ? Nous avons la chance d’être un groupe multi-support. Nous avons une rédaction de près de 400 personnes. Le print, le site, la chaîne, la plateforme : chacun a sa vertu éditoriale et économique. La une de L’Équipe reste un marqueur fort. Elle donne le poids d’un événement. Elle incarne l’exigence. L’exigence historiquement installée par le print doit se décliner sur tous les supports. C’est peut-être sa seule «prédominance» : la force de l’écrit.
Comment sécurisez-vous la croissance hors grands événements ?
Bien sûr, les années paires, rythmées par les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football, sont mécaniquement plus porteuses. Mais nous ne pilotons pas L’Équipe uniquement au gré des cycles. Ce qui sécurise durablement notre modèle, c’est la qualité de l’information. Les lecteurs savent exactement ce qu’ils viennent chercher : de la fiabilité, de l’exactitude, de l’analyse. Les annonceurs, eux aussi, connaissent la valeur et la solidité de notre marque. Nous disposons d’un socle fidèle et structurant. Les grands événements jouent un rôle d’accélérateur, ils amplifient la dynamique… mais ils ne la créent pas.
Si vous projetez L’Équipe en 2035, quelle serait la priorité absolue ?
La crédibilité éditoriale doit être maintenue. Conquérir de nouveaux abonnés, évidemment. Investir dans la tech, bien sûr. Mais avec discernement. La priorité restera la même : faire du journalisme. Dans un monde envahi par les fake news, nous devons rester garants de l’information de qualité. Si en 2035 L’Équipe est toujours ce repère, alors nous aurons gagné.




































