Mostra de Venise : le journalisme au cœur de plusieurs documentaires

Mostra de Venise : le journalisme au cœur de plusieurs documentaires

Un immeuble vient de s’effondrer suite à une frappe israélienne, des centaines de personnes sont probablement mortes, et un caméraman court vers la fumée et les décombres dans la scène d’ouverture du documentaire sur Gaza «Citizen Osama». Le film du réalisateur palestinien Ahmed Hassouna est un de ceux présentés cette année à la Mostra de Venise traitant de journalisme, qu’il s’agisse des enjeux extrêmes auxquels sont confrontés les correspondants de guerre ou des méthodes moralement ambiguës employées par certains médias pour gagner en audience. «Citizen Osama», choisi comme candidat palestinien pour l’Oscar du meilleur film étranger en 2027, met à nu la vie d’un journaliste palestinien «qui souffre comme n’importe qui» à Gaza, a déclaré son réalisateur Ahmed Hassouna. «Un journaliste n’est pas une caméra sans âme; c’est un homme qui lutte pour trouver de l’eau, qui se bat pour obtenir de la nourriture et qui s’inquiète constamment de la manière dont il trouvera du lait pour son nouveau-né ou de comment nourrir sa femme pour qu’elle puisse allaiter leur enfant», écrit-il dans les notes d’accompagnement du film. Ce documentaire saisit le paysage apocalyptique de la ville de Gaza, ses rues en ruines, et le poids de la responsabilité qui pèse sur les quelques journalistes encore présents dans l’enclave. «Je voulais montrer que le journaliste qui enregistre la souffrance pour le monde vit lui-même cette même tragédie derrière l’objectif», écrit encore Ahmed Hassouna, qui se trouve toujours à Gaza. Les forces israéliennes visent délibérément les journalistes palestiniens d’après l’ONG Reporters sans frontières (RSF), et plus de 220 d’entre eux ont été tués à Gaza depuis octobre 2023. «Citizen Osama» couvre l’assassinat du journaliste d’Al-Jazeera Ismail Al-Ghoul lors d’une frappe aérienne israélienne en juillet 2024. Un autre film présenté à Venise a pour protagoniste une correspondante de guerre. «La Ragazza con la Leica» («La fille au Leica») permet de redécouvrir la figure de Gerda Taro et ses reportages photo sur la guerre civile espagnole. Longtemps restée dans l’ombre du légendaire photographe Robert Capa avec qui elle travaillait et dont elle était la compagne, elle a été la première femme photojournaliste à mourir sur le champ de bataille, en 1937. La réalisatrice italienne du film, Alina Marazzi, a expliqué que le travail de Taro et Capa s’inscrivait dans «l’âge d’or du photojournalisme». «A l’époque, la majeure partie de la population était probablement analphabète et ne pouvait pas lire ce qui était écrit dans les journaux» et les photographies permettaient de «montrer ce qui se passait dans les zones de guerre», a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. Aujourd’hui, à l’ère de l’intelligence artificielle et alors que des millions de personnes disposent d’appareils photo sur leurs téléphones, l’exactitude et la transparence des images publiées ne sont pas forcément garanties, a poursuivi Alina Marazzi, ajoutant: «Nous devons défendre la liberté de la presse». La bataille pour défendre le journalisme indépendant se poursuit aussi dans «My Undesirable Friends: Part II – Exile», de la réalisatrice russo-américaine Julia Loktev. Il s’agit de la suite de son documentaire sur des journalistes contraints de fuir Moscou après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans «Ink», présenté en ouverture de la Mostra, le réalisateur Danny Boyle retrace la success story du tabloïd «The Sun» de Rupert Murdoch, porté par un irrésistible cocktail de sensationnalisme et de sexe. Un reporter moralement contestable devenu animateur de télévision est également le protagoniste de «Primetime» de Lance Oppenheim, inspiré de l’émission américaine «To Catch a Predator», qui démasquait des pédophiles après les avoir attirés à des rendez-vous mis en scène avec des mineurs.

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