A la rencontre de fonctionnaires podcasteurs

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Au 4ème étage d’un immeuble parisien du XIIIe arrondissement, David Basse, fonctionnaire et animateur du podcast «Ambition publique» s’éloigne de son micro et part se servir un verre d’eau. T-shirt bleu sur le dos aux couleurs de son podcast «Ambition publique», David Basse, 28 ans, spécialiste des politiques sportives, interviewe depuis plus d’une heure son collègue à la Ville de Paris, Boris Vassaux. De SOS Racisme à la Ville de Paris, en passant par la course à la mairie de Noisy-le-Sec en 2008, l’invité du jour multiplie les anecdotes sur son parcours dans la sphère associative puis publique. Au risque de déborder du format du podcast, lancé en février 2023, qui dure d’ordinaire environ une heure, l’avertit gentiment David Basse. «Fais-moi des petits gestes de la main pour me dire qu’il faut qu’on avance», lui propose Boris Vassaux, assis derrière un micro dont le fragile équilibre est assuré par un sac de toile floqué du logo «Choisir le service public». Ce slogan mis régulièrement en avant par le gouvernement pour augmenter la visibilité des offres d’emploi de l’administration – qui peine à recruter sur nombre de métiers – résume l’ambition du podcast de David Basse: faire découvrir des métiers méconnus de la fonction publique et donner des conseils pour préparer au mieux les concours d’accès à ces professions. L’idée de lancer un podcast a commencé à germer durant ses études à La Rochelle (2013-2016), alors qu’il songeait déjà à passer des concours pour intégrer la fonction publique, raconte-t-il. Ce passionné de basket faisait «de la route le week-end pour (se) rendre dans les clubs de la région. Je me disais qu’au lieu d’écouter ma musique pendant trois quarts d’heure, j’allais plutôt écouter des capsules audio». «Ce qui m’intéressait, c’était d’écouter du contenu qui serve pour le concours. J’aurais apprécié d’avoir à l’époque» un podcast comme Ambition publique, «qui permet de découvrir plein de métiers différents, de «choper» des conseils, de se préparer sur le long terme», dit-il. Un an après le lancement du podcast de David Basse, le jour de la Saint-Valentin 2024, Linda Wheatley a à son tour déclaré sa flamme au secteur public, en lançant le podcast «Fonction publique mon amour». Agente de la communauté urbaine de Dunkerque, actuellement détachée dans une société d’économie mixte qui travaille avec les collectivités locales, son podcast est une forme de réponse au «fonctionnaire bashing» (dénigrement), affirme-t-elle. «Pourquoi c’est pas cool d’être fonctionnaire aujourd’hui?», s’interroge-t-elle. «Il y a un amalgame entre les reproches qu’on peut faire aux politiques, aux décideurs, aux communicants et aux agents publics. J’ai voulu essayer de dissocier les deux», indique Linda Wheatley. Pour tenter de «démystifier les préjugés», l’agente de 44 ans invite des fonctionnaires dans son podcast pour discuter durant 15 à 30’ d’enjeux tantôt grand public (rémunération au mérite, attractivité ou productivité des services publics…), tantôt plus spécialisés. Les audiences de David Basse et Linda Wheatley, qui réalisent tous deux leur podcast en dehors de leurs heures de travail, se chiffrent pour l’heure à quelques milliers d’écoutes. «Mon 1er auditeur, c’est mon père», sourit David Basse. «Je lui fais écouter en avant-première et il me fait des retouches, me dit si ça lui a plu». Pour continuer à développer son podcast, le fonctionnaire de la Ville de Paris a noué en novembre un partenariat avec la banque coopérative Casden (qui lui a versé dans la foulée quelques milliers d’euros) et lancé une collecte de fonds «pour couvrir les frais courants». Chaises qui couinent, parquet qui craque… son appartement parisien, qui lui sert aussi de studio, n’est pas «configuré optimalement» pour les enregistrements, reconnaît-il. Quant à Linda Wheatley, elle se réjouit que «l’accueil (de son podcast, NDLR) soit plutôt bon» sur les réseaux sociaux et espère pouvoir lancer une deuxième saison de «Fonction publique mon amour» en 2025.

Mais «je n’ai pas du tout envie que le podcast soit monétisé», insiste-t-elle. «Le plaisir est là, les invités sont visiblement contents (…) donc pour le moment, je continue!», conclut-elle.