A. LARREY (Audion) : «Le marché du podcast bénéficie d’un modèle de monétisation éprouvé»

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Fondée en 2018 par Arthur Larrey et Kamel El Hadef, Audion est la première entreprise technologique française de monétisation de l’audio numérique. Elle accompagne les éditeurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur audio en proposant des technologies qui leur permettent de créer, d’héberger et de distribuer de nouveaux contenus, puis de les monétiser. Rencontre avec Arthur LARREY, Co-fondateur d’Audion.

Audion devient le partenaire de Webedia pour l’hébergement, la diffusion et la monétisation des podcasts de ses médias et programmes digitaux… Que vous apporte ce partenariat ?

Un nouvel éditeur a décidé de nous faire confiance après Le Monde, Prisma Media et d’autres grands groupes. Du côté d’Audion, nous sommes ravis d’accompagner un groupe aussi puissant que Webedia, que ce soit pour leurs marques pure-players comme AlloCiné et JeuxVideo.com, ou pour leur pool de créateurs de contenus. Notamment, les YouTubers qui adoptent de plus en plus le format podcast et commencent à générer de grosses audiences.

Vous considérez-vous comme le leader de l’audio digital en France ?

Oui, tout à fait ! Il est difficile de quantifier précisément cette position de leader. Cependant, en raison des audiences que nous représentons à travers notre régie et de la position qu’a prise notre technologie sur le marché français, nous sommes aujourd’hui la référence dans ce domaine.

 Quelles sont les prochaines étapes pour l’expansion internationale d’Audion ?

L’année dernière, nous avons racheté une société pour se lancer sur le marché italien. Aujourd’hui, nous avons un bureau Audion basé à Milan. Il y a quelques mois, nous avons annoncé l’ouverture d’un bureau en Belgique, à Bruxelles. Notre objectif est de poursuivre notre plan de développement européen avec l’ouverture d’un bureau en Allemagne dans les prochains mois. Pour continuer dans cette dynamique, nous envisageons également d’entrer sur le marché espagnol, un projet que nous suivons depuis un moment et qui devrait se concrétiser prochainement.

Quelles sont principales innovations technologiques que vous prévoyez de lancer dans les prochaines années pour renforcer votre position sur le marché de la monétisation de l’audio numérique ?

Aujourd’hui, nous avons deux principaux axes de développement technologique. D’une part, nous intégrons de plus en plus d’intelligence artificielle dans nos outils. Lors des Cannes Lions, nous avons annoncé le lancement de la première solution de «Voice Cloning» sur le marché européen. Cette technologie nous permet de produire du contenu ou des publicités avec des voix de comédiens ou de personnalités de manière automatisée et naturelle. Cela va dynamiser nos opérations et offrir davantage de créativité aux marques et aux éditeurs. D’autre part, nous mobilisons beaucoup de nos ingénieurs pour renforcer l’efficacité des publicités audio digitales et des podcasts. Cela inclut des développements autour du ciblage publicitaire et de la mesure de la performance. Nous nous efforçons d’améliorer les campagnes publicitaires audio digitales afin que les annonceurs puissent obtenir un maximum de retour sur investissement.

Comment percevez-vous l’évolution du marché de l’audio numérique et de la publicité audio au cours des cinq prochaines années ?

Ça évolue très vite ! Il y a eu un changement significatif au niveau des audiences. L’audio, historiquement représenté par la radio, un format offline et linéarisé, est passé rapidement à un format «on demand», notamment avec le podcast et les nouvelles façons d’accéder au contenu live via les mobiles et les assistants vocaux. Cette transition a été particulièrement accélérée durant le confinement, où beaucoup de gens ont commencé à écouter des podcasts. Cette bascule d’audience s’accompagne nécessairement d’un transfert des investissements publicitaires de la radio vers l’audio digital. Aujourd’hui, les investissements en audio digital affichent des taux de croissance très prometteurs. C’est l’un des formats publicitaires qui progresse le plus rapidement en Europe. Tous les créateurs de contenu, qu’il s’agisse de radios, d’influenceurs ou de groupes de presse, commencent à produire des podcasts qui génèrent beaucoup d’audience. La question du modèle économique se pose, et il est clair que la publicité est le modèle le plus efficace pour générer des revenus face à ces audiences. Un écosystème complet s’est développé ces dernières années sur le marché européen, suivant la tendance observée aux États-Unis il y a sept ans. Aujourd’hui, le marché du podcast et de l’audio digital dans son ensemble bénéficie d’une forte attractivité et d’un modèle de monétisation éprouvé, ce qui promet une croissance continue.

Comment votre stratégie de monétisation automatisée profite-t-elle aux éditeurs de contenu et aux annonceurs ?

Pour l’éditeur de contenu, c’est la garantie de toucher des revenus «sans effort», sans avoir à embaucher des commerciaux ou à valoriser un nouveau format. C’est un gain direct qui permet de dégager plus de temps pour la production et l’automatisation des processus, ce qui facilite le développement de contenus et, par conséquent, l’augmentation de l’audience. Pour les marques, c’est la possibilité d’adresser l’audio digital avec le même niveau de complexité et d’automatisation que l’on peut retrouver sur les réseaux sociaux, sur YouTube et d’autres formats.

Quels sont les principaux défis auxquels Audion fait face actuellement ?

Les défis actuels tournent autour de l’intelligence artificielle. Il n’y a pas encore de cadre légal bien défini en place, et l’enjeu est de savoir comment utiliser ces technologies de manière éthique et responsable. Le deuxième grand défi concerne l’expansion de nos opérations à grande échelle en tant qu’entreprise historiquement française et désormais européenne. Chaque pays européen a ses spécificités. Cela nécessite une adaptation et une approche spécialisée pour chaque territoire. Même si les aspects techniques sont les mêmes, il faut savoir faire preuve d’humilité et de flexibilité pour répondre aux particularités de chaque marché.