A. POUL (Producteur/Réalisateur) : «Les terrains de jeu pour développer des séries se sont multipliés»

225

Actu QUESTIONS : Alan POUL, Producteur & Réalisateur («Six Feet Under», «The Newsroom», «Codes of Conduct)

Face à la profusion de séries sur le marché international, les producteurs misent sur l’excellence. Rencontre avec Alan POUL, Producteur & Réalisateur de séries TV («Six Feet Under», «The Newsroom», «Codes of Conduct) qui nous livre sa vision du secteur. 

média+ : Quel regard portez-vous sur l’industrie américaine des séries TV ?

Alan POUL : Nous vivons un âge d’or de la série TV.  Les points de distribution des contenus sont beaucoup aujourd’hui plus nombreux et nourris pour des fictions de qualité. Pour la première fois, il existe une demande en programmation qui est plus grande que l’offre. Cette demande se répercute indubitablement sur les scénaristes, y compris ceux qui débutent. Il s’agit vraiment d’une très bonne époque pour le secteur avec une grande quantité d’histoires à raconter. Par le passé, un programme devait explicitement plaire à tout le monde. Aujourd’hui, nous pouvons très bien fabriquer des séries pour une niche et cibler ainsi un public spécifique. Pour ma part, j’ai une préférence pour les programmes plus élaborés. Fort heureusement, il y a beaucoup plus d’endroits où nous pouvons les développer.

Les séries destinés au «grand public» sont-elles vouées à se renouveler ?

Si je caricature, vous pourriez très bien avoir à l’avenir des productions qui plairont à 15 personnes. Rationnellement, ces séries seraient produites avec beaucoup moins de moyen. Et s’il y a moins de bénéfices, les dépenses seront naturellement inférieures. D’un point de vue technique, le coût des nouvelles caméras par exemple nous permet de filmer à moindres frais. En revanche, les grandes chaînes et les plateformes telles que Netflix continueront d’investir sur des séries à coût élevé.

Disposiez-vous d’un budget important pour produire «Six Feet Under» (2001-2005) sur HBO ?

HBO a un modèle économique de télévision par abonnement. Ils n’ont pas à juger si tel ou tel programme est rentable ou pas. La chaîne sait être généreuse dans ses dépenses car ils sont alimentés mensuellement par leurs 35 millions d’abonnés aux Etats-Unis. HBO n’a pas la plus grande audience du pays, mais ils remportent de nombreux prix. Il s’agit d’un signal fort qui incite les téléspectateurs à s’abonner. La chaîne œuvre en faveur de programmes de haute qualité. Concernant «Six Feet Under», j’ai passé les cinq années les plus satisfaisantes de ma carrière. Nous avons gardé les mêmes scénaristes, réalisateurs et acteurs pendant toute la durée de la série, ce qui est rare.

Réalisateur pour le cinéma et la TV, quelle est votre approche des genres ?

En télévision, comme vous devez travailler rapidement. Le plus important est de pouvoir corriger les erreurs au fur et à mesure. Au cinéma, la mentalité est tout-à-fait différente. Vous visez la perfection parce que les spectateurs regardent les films en étant beaucoup plus exigeants. L’auditoire d’une série TV se focalise essentiellement sur l’histoire et si cette dernière l’intéresse, ils seront plus tolérants vis-à-vis des détails.