«Complément d’enquête», la déflagration : Le 7 décembre 2023, France 2 diffuse un reportage dans «Complément d’enquête» sur «la chute de l’ogre». En Corée du Nord en 2018, on voit le monstre sacré du cinéma français multiplier les propos misogynes et insultants envers des femmes et en prononcer d’autres à caractère sexuel lorsqu’une petite fille à cheval passe à l’image. «Si jamais il galope, elle jouit», lance-t-il notamment. La famille de l’acteur s’indigne d’une «manipulation monstrueuse».
La justice est saisie : En mars, Gérard Depardieu contre-attaque donc. Il saisit le régulateur de l’audiovisuel et assigne Hikari et France Télévisions en référé pour obtenir les enregistrements et une expertise. Le tribunal judiciaire de Paris ordonne le 30 mai la communication des enregistrements correspondant strictement à la séquence du haras. Mais Hikari fait appel, tandis que Reporters sans frontières s’inquiète d’un risque d’atteinte au secret des sources», «pierre angulaire de la liberté de la presse». Dans un arrêt du 18 octobre, la cour d’appel de Paris souligne qu’»il ne fait pas de doute que le reportage» de «Complément d’enquête» procède «d’un travail journalistique» qui «participait d’un débat d’intérêt général» en plein mouvement #MeToo. Toutefois, «la société Hikari ne démontre pas que les enregistrements de la séquence du haras, réalisés en 2018, dans des circonstances mal définies (…) constituent un élément de travail journalistique». La cour ordonne donc une expertise afin de déterminer «avec précision toutes les opérations de montage intervenues» et d’indiquer «dans la mesure du possible» à qui s’adressait M. Depardieu. L’expert doit «visionner en présence des parties» les enregistrements litigieux.
Et maintenant : Christian Ardan, l’expert, doit rendre son rapport avant le 30 avril. Mais France Télé et Hikari ont demandé sa récusation, au motif que ce producteur de cinéma a des liens avec Gérard Depardieu et son entourage. En outre, Hikari s’est pourvu en cassation, refusant de fournir les rushes (enregistrements bruts) constituant, selon eux, un matériau journalistique. «C’est uniquement parce qu’on ne veut pas créer de précédent», explique une source proche. Car, «dans le futur, cela voudrait dire que n’importe quelle personne mise en cause pourrait demander à accéder à tous nos rushes et infos». L’avocat de Gérard Depardieu, Jérémie Assous, a fait citer directement Hikari, notamment pour «montage illicite» et «abus de confiance», arguant que le tournage était celui d’une fiction. Il pointe aussi des «gros plans tricheurs» sur l’enfant, alors que celle-ci «se situe loin» de l’acteur, «contrairement à ce qu’a voulu faire croire» la partie adverse. La «preuve» étant «établie», le producteur et France Télé «en répondront devant le juge pénal et seront condamnés à réparer le préjudice considérable causé à Gérard Depardieu», défend Me Assous. Une audience devant le tribunal correctionnel de Paris est fixée au 6 mai. Cependant, selon un avocat d’Hikari, Christophe Bigot, cibler le montage est «un rideau de fumée»: «c’est une façon d’éviter qu’on parle de l’image désastreuse de Depardieu dans le documentaire, et cela fait diversion». Accusé d’agressions sexuelles sur le tournage des «Volets verts» en 2021, l’acteur devait être jugé en octobre. Son procès a été renvoyé en mars pour raison de santé. Là aussi, il nie vigoureusement. Parallèlement, le parquet de Paris a requis en août son renvoi devant la cour criminelle pour viols et agressions sexuelles sur Charlotte Arnould.