Alain WEILL, P.-D.G. de BFM TV

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    En aparté avec Alain Weill, président-directeur général de Nextradio TV le groupe qui détient deux stations de radio (RMC, BFM) et une chaîne de télévision (BFM TV).

    média+ : Est-ce difficile de passer de la radio à la télévision?

    Alain Weill : La télévision d’information et la radio d’information, c’est le même métier. La télévision de divertissement c’est un autre métier car il faut acquérir des droits sur des séries ou des évènements. Avec une chaîne de news, on a des contrats avec des agences de presse, on a des reporters, on fait le même métier qu’à la radio. On n’a donc pas du tout été déstabilisé. On a appris très vite l’image qui est la seule différence.

    média+ : Allez-vous aménager l’organisation des rédactions ?

    Alain Weill : Nous travaillons à un projet visant à mutualiser les moyens entre les différentes rédactions. Il y a aussi une demande de nos journalistes de découvrir de nouveaux aspects du métier. Ceux qui viennent de la radio veulent aller vers l’image. Les chaînes auront un accès à plus de contenu, plus d’images, plus de son. Elles seront globalement plus fortes. Chaque rédaction gardera son autonomie, sa direction, son équipe. Mais pour certains types de reportages, les moyens seront mis en commun. Lors d’une conférence de presse ou une intervention d’un politique. Il n’y a pas de valeur ajoutée à cumuler les équipes. Dans d’autres cas, chaque support sera représenté. Le projet aboutira à la fin de l’été et sera mis en place courant 2007.

    média+ : D’autres chantiers ?

    Alain Weill : Internet est un élément indispensable. C’est plus qu’un complément. C’est un média à part entière. En 2007, nous avons des projets importants pour se doter de sites plus puissants avec du contenu plus fort. La généralisation du haut débit est l’occasion de mettre encore un coup d’accélérateur. On peut à présent mettre du son et de l’image sur le net. Or nous avons du contenu exclusif. En son temps, nous avions étudié le rachat de NewsWeb, et nous ne nous interdisons pas de regarder d’autres acquisitions ultérieures. Mais ce n’est pas indispensable .

    média+ : Quel est l’objectif de l’association des nouveaux entrants dont vous êtes président ?

    Alain Weill : Cette association regroupe les chaînes indépendantes autorisées au moment du lancement de la TNT. Ce sont les trois nouveaux acteurs : NRJ12, Direct 8 et BFM TV. Ils considèrent que la multiplicité des opérateurs est bonne pour le paysage audiovisuel. Il y a des risques de voir les acteurs historiques renforcer leurs positions dominantes. Le projet de loi sur la télévision du futur en cours de discussion devant le Parlement leur est particulièrement favorable. Le texte prévoit qu’une chaîne supplémentaire leur sera offerte. C’est du jamais-vu dans d’autres secteurs économiques ou à l’étranger, et ce n’est pas un signe de modernité de la vie économique et politique en France.

    média+ : Ceux qui défendent cette mesure considère qu’elle pérennise la filière audiovisuelle.

    Alain Weill : C’est de la poudre aux yeux. Cet argument laisse croire que c’est essentiel pour le cinéma français. Mais, demain, les chaînes de la TNT seront aussi des acteurs importants dans la production. Et si ce financement repose sur trois acteurs, ce ne sera pas très bon. Il y aurait une dépendance par rapport aux petits nombres d’acteurs.

    média+ : N’est-ce pas un peu délicat de voter le projet de loi sur la télévision du futur pendant une période de campagne électorale ?

    Alain Weill : On se demande pourquoi le canal bonus est voté en ce moment. Mais bon c’est un projet qui est là depuis longtemps. Et puis la télévision du futur à un moment il faut l’annoncer. Il y avait différents intérêts, des lobbys. Et la réponse du Gouvernement, ça a été de donner une contrepartie aux acteurs historiques face à l’arrêt de l’analogique. Nous ne sommes pas d’accord avec cette idée.

    Alain Weill

    1985 à 1989 : Il est directeur du réseau de NRJ.

    1990 : Il devient attaché de direction générale à la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion (CLT), puis P.-D.G. de la radio Maximum (devenue M 40) en 1992.

    2000 : Alain Weill crée Nextradio (dont il prend la présidence du directoire) et rachète à NRJ la radio RMC, dont l’audience est alors en chute libre.

    2005 : Lancement de BFM TV le 28 novembre 2005 à 18h00.