Argentine : les médias alertent sur la multiplication des attaques contre la presse

Argentine : les médias alertent sur la multiplication des attaques contre la presse

Les médias argentins s’inquiètent du regain au cours des derniers mois des attaques et insultes contre la presse émanant du pouvoir, du président Javier Milei en particulier, selon un rapport publié vendredi.

Dans son rapport annuel sur la liberté de la presse, l’influente Association des entités journalistiques argentines (Adepa), regroupant quelque 180 médias, dénonce «la dégradation du débat public au cours des six derniers mois» et «la répétition d’attaques et discrédits à l’encontre du journalisme».

L’Adepa avait déjà l’an dernier émis une alerte similaire, s’inquiétant à la fois d’insultes et d’un «dangereux appel à la haine» contre le journalisme, à risque «d’effet de contagion». Elle pointait du doigt en particulier un slogan décliné par M. Milei sur les réseaux sociaux: «On ne déteste pas assez les journalistes», sous l’acronyme #NOLSALP.

Après un relatif apaisement fin 2025 – début 2026, plusieurs faits «au cours des six derniers mois nous obligent à réitérer cet avertissement», estime l’Adepa dans son rapport 2026, présenté lors de son congrès annuel à San Miguel de Tucuman (nord).

Elle dit par exemple avoir recensé, en une seule semaine d’août, 335 messages hostiles à la presse repartagés sur le compte X de Javier Milei, «en plus de 26 publications propres, et 21 allusions méprisantes au journalisme lors d’interventions publiques».

Sur cette période, au moins 16 journalistes ont été visés nommément, et neuf médias mis en cause, ajoute-t-elle.

Le rapport est publié dans un contexte de tension verbale entre l’exécutif et la presse, mais aussi des économistes et une partie du monde de l’entreprise, sur fond d’économie argentine qui peine à redécoller malgré l’inflation freinée, et de baisse de M. Milei dans les sondages.

Journalistes et médias peuvent se tromper, leurs informations être réfûtées, débattues, pose l’Adepa.

Mais «quand l’insulte vient de la plus haute autorité de l’Etat et se répète systématiquement, l’asymétrie de pouvoir entre celui qui agresse et celui qui est agressé transforme l’épisode en un problème qui dépasse largement le simple débat».

Et dans un contexte de polarisation, si les réseaux sociaux accroissent la capacité des citoyens à questionner l’information, «la démocratisation de la critique ne doit pas être confondue avec la légitimation du harcèlement».

Le rapport de l’Adepa consacre aussi une large part à l’impact de l’intelligence artificielle et de l’appropriation de contenus journalistiques, «défis structurels pour l’avenir du journalisme».

Elle affirme que la protection de la propriété intellectuelle est «un pilier fondamental pour la survie de l’écosystème médiatique», que doivent garantir les nouvelles règles de l’environnement numérique.

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