B. LOUTREL (CSA) : «TikTok n’est pas encore présent dans la liste des opérateurs soumis au devoir de coopération»

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Le mardi 21 septembre 2021, le CSA a présenté, pour la deuxième année, son rapport «Plateforme en ligne et lutte contre la manipulation de l’information». L’occasion pour média+ d’évoquer ce rapport avec Benoit LOUTREL, vice-président du groupe de travail «Pluralisme, déontologie, supervision des plateformes en lignes» au CSA. 

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Quels sont les acteurs interrogés par le CSA pour le rapport «Plateformes en ligne et lutte contre la manipulation de l’information» ?

Benoit LOUTREL

Il y avait pour l’année 2020, onze opérateurs de plateformes en ligne concernés par le devoir de coopération prévu par la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information, qui éditent les services suivants : Dailymotion, Facebook, Google Search, YouTube, LinkedIn, Bing, Microsoft Advertising, Snapchat, Twitter, Doctissimo, Jeuxvideo.com, Wikipédia France et Yahoo Search.

Pour la deuxième année consécutive, ils se sont livrés à l’exercice de déclaration au CSA, sur les moyens mis en œuvre pour lutter contre la manipulation de l’information.

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Comment ces opérateurs sont-ils sélectionnés ?

Benoit LOUTREL

La loi définit les catégories de plateformes soumises à ce régime. Un décret fixe un seuil d’audience minimum. Vous le remarquez, TikTok n’est par exemple pas présent dans la liste des opérateurs soumis au devoir de coopération. La raison est simple : en 2020, la plateforme ne dépassait pas les 5 millions d’utilisateurs uniques par mois, le seuil retenu. L’an prochain, ce réseau social fera partie de la liste.

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Quel bilan tirez-vous de ce second rapport ?

Benoit LOUTREL

Nous relevons une progression en quantité et en qualité des informations déclarées par rapport à l’année passée. La qualité des réponses reste néanmoins assez hétérogène. Les plateformes ont pris conscience de l’enjeu que représente la lutte contre la manipulation de l’information. Nous saluons leur esprit de coopération, la disponibilité dont la plupart ont fait preuve et la richesse du dialogue qui s’est noué progressivement. Nous appelons cependant à plus de coopération sur certains sujets majeurs, tels que le fonctionnement des systèmes algorithmiques de recommandation et de modération, les enjeux du recours potentiel aux outils de ciblage publicitaire à des fins de manipulation de l’information.  Nous souhaitons aussi disposer de plus de données chiffrées indispensables pour évaluer la réalité des moyens déployés et comprendre des phénomènes complexes. 

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La pandémie de Covid19 a-t-elle eu un impact sur ce rapport ?

Benoit LOUTREL

Oui, les opérateurs ont fourni des efforts pour endiguer le phénomène de manipulation de l’information qui s’est amplifié lors de la pandémie. Ils ont notamment pris en compte les recommandations que nous avions formulées dans notre rapport de 2020. Il faut continuer en ce sens mais aussi permettre une évaluation indépendante de ces actions. La modération notamment, doit être acceptable par tous, surtout si elle implique un recours accru à des outils d’intelligence artificielle.

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Les opérateurs de plateforme en ligne doivent-ils faire preuve de plus de transparence ?

Benoit LOUTREL

La transparence est l’une des pierres angulaires du dispositif de lutte contre la manipulation de l’information. L’objectif assigné par le législateur aux opérateurs de plateformes en ligne dépasse les seuls rapports que ces derniers entretiennent avec le régulateur. Il vise le public de manière générale. Nous appelons les opérateurs à être plus transparents sur ce qu’ils mettent en place et sur l’impact de leurs actions pour lutter contre la manipulation de l’information.