Bataille judiciaire en Allemagne autour d’un téléfilm sur la thalidomide

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    La thalidomide, un médicament ayant entraîné de graves malformations chez des milliers de bébés entre 1957 et 1962, continue de susciter la polémique en Allemagne, où le laboratoire qui le fabriquait tente d’interdire en justice la diffusion d’un téléfilm consacré à ce drame. «Un seul comprimé», téléfilm tourné en 2006 pour la télévision publique allemande ARD, devait être diffusé en novembre dernier. Cette fiction relatant le combat d’un avocat contre le laboratoire pharmaceutique qu’il tient pour responsable du handicap de son enfant, avait tout pour réaliser une forte audience. Mais l’oeuvre, qui a coûté cinq millions d’euros, dort toujours dans les tiroirs de la chaîne, en attendant que la justice autorise sa diffusion. A l’origine de ces déboires, le laboratoire pharmaceutique Grünenthal, une entreprise familiale allemande, inventeur de la thalidomide dans les années 1950 et qui l’a commercialisée à partir de 1957. Destiné à lutter contre les nausées des femmes enceintes, ce médicament a été vendu dans plus de 40 pays jusqu’à son retrait des pharmacies, en 1961, après la mise en évidence de ses dramatiques effets secondaires: quelque 10 000 bébés dans le monde, dont environ la moitié en Allemagne de l’Ouest, sont nés sans bras ou sans jambes, ou avec des mains ou des pieds atrophiés, parce que leur mère avait pris de la thalidomide pendant la grossesse. Nombre de ces bébés sont morts rapidement, mais plusieurs milliers sont aujourd’hui des adultes handicapés. «Ce drame est encore très présent dans la mémoire collective, et nous sommes sûrs que ce film intéressera le plus grand nombre», indique-t-on à la direction de la WDR, la branche régionale de la chaîne ARD qui produit le téléfilm. Mais il faudra pour cela que «Un seul comprimé» passe les obstacles judiciaires mis sur sa route par Grünenthal.