Birmanie: la junte militaire exige de pouvoir surveiller les télécoms, selon Telenor

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La junte militaire qui s’est emparée du pouvoir en Birmanie exige auprès de Telenor l’installation d’équipements permettant d’espionner les télécommunications, a révélé mercredi l’opérateur norvégien qui dit avoir refusé. 

«Les autorités veulent que nous installions des équipements qui rendent possible de surveiller les télécommunications», a déclaré un porte-parole du groupe, l’un des principaux opérateurs dans le pays. «Telenor n’a pas installé de tels équipements et ne le fera pas volontairement», a-t-il souligné. Telenor avait annoncé son retrait de Birmanie après le coup d’Etat militaire qui s’y est produit en février mais la cession n’a pas encore été finalisée.

Dans un communiqué, Telenor souligne que ces équipements, sur lesquels aucun détail n’a été fourni, sont passibles de sanctions norvégiennes et internationales. Il n’était pas immédiatement clair si les exigences de l’armée birmane, qui a évincé la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi le 1er février, valaient pour l’ensemble des opérateurs de télécoms fournissant des services dans le pays. Outre Telenor, les groupes locaux Mytel et MPT ainsi que le qatari Ooredoo opèrent en Birmanie. Conséquence du coup d’Etat, Telenor a décidé de se retirer de Birmanie et a annoncé en juillet la vente de Telenor Myanmar, une filiale pourtant très rentable mais qu’il a totalement déprécié dans ses comptes, à la compagnie financière libanaise M1 Group. La cession attend toujours l’aval du ministère birman des Transports et Communications. Selon différents médias, ce feu vert doit en principe être donné 60 jours au plus tard après le dépôt du dossier, lequel a été déposé fin août selon Telenor.

Craignant qu’un repreneur se plie aux exigences du régime et que la transaction se traduise par une dégradation supplémentaire des droits humains, de multiples voix ont demandé au groupe norvégien de revenir sur sa décision de se désengager. Le 27 juillet, 474 organisations de la société civile birmane s’étaient plaintes de ce «désengagement irresponsable», jugeant notamment que Telenor n’avait pas suffisamment étudié son impact sur les droits humains. 

Mercredi, le groupe a cependant réitéré son choix, soulignant qu’il ne lui était plus possible de respecter les lignes directrices de l’OCDE et de l’ONU concernant le respect de ces droits dans la conduite des affaires, et qu’il en allait de la sécurité de ses employés. «Notre décision de quitter la Birmanie est due au fait qu’il est impossible de faire des affaires dans le pays en ligne avec nos valeurs et standards», a précisé le porte-parole. «Les demandes d’interception sont une des raisons» illustrant cela.Telenor Myanmar compte quelque 18 millions d’abonnés.