C. HONDELATTE : «Je compte produire de nouveaux programmes de faits divers à la télévision»

255

Celui qui, pendant 11 ans, fut le présentateur de «Faites entrer l’accusé», multiplie les activités à la radio sur Europe 1 avec «Hondelatte raconte», ainsi qu’à la télévision avec «Crime et châtiment» sur France 3. Rencontre avec Christophe HONDELATTE, Journaliste et Producteur.

média+ : Comment se déploie aujourd’hui votre activité de producteur de télévision ?

Christophe HONDELATTE : Je me suis créé récemment une structure de production au sein du Groupe Morgane. Nous l’avons baptisé Morgane Presse. Il s’agit d’une agence de presse qui produit la collection «Crime et Châtiment» (110’) pour France 3. Nous allons développer et produire à l’avenir d’autres projets qui ne seront pas nécessairement présentés par moi. Mes futures productions seront essentiellement concentrées sur le fait divers. C’est un genre sur lequel j’ai construit ma crédibilité. J’y ai mes contacts, on m’y fait confiance. Au cœur de cette activité, je tiens à dire que je ne suis pas foncièrement passionné par le fait divers. En revanche, j’ai un intérêt pour cette matière. Mon prisme dans le journalisme a toujours été de traiter la psychologie individuelle. Cela vaut pour la politique, le monde de l’économie ou de l’entreprise.

média+: Crimes, faits divers, histoires inquiétantes ou étonnantes, vous revenez chaque jour dans «Hondelatte raconte» sur Europe 1 entre 10h30 et 11h30 sur des récits qui ont marqué la France. Parvenez-vous à tenir le rythme ?

Christophe HONDELATTE : Au début, j’ai eu l’impression de passer sous un rouleau compresseur. C’était très compliqué. Je n’avais absolument pas évalué la masse de travail que cela représentait en termes d’écriture. Fort heureusement, j’ai une équipe d’auteurs qui me trace la trame des récits. Après cela, je réécris moi-même, entre 5 et 6 heures par jour, une histoire différente. C’est un travail démentiel, sans compter l’heure d’enregistrement. Aujourd’hui, je suis devenu beaucoup plus serein. Cela fait des années que j’écris pour la radio mais c’est la première fois que j’y passe autant de temps, et avec un plaisir non dissimulé.

Le fait divers, est-ce un puits sans fond pour la télévision et  la radio ?

C’est infini ! J’ai plus d’un siècle de faits divers à raconter à la radio sachant que les premières histoires remontent à 1900. J’en ai bien pour 3 ou 4 saisons au moins. Typiquement, on a une autre vision de l’homme avec ces crimes. Le fait divers n’est pas un problème de société mais quelque chose d’infiniment plus personnel et intime. Ce qui est certain, c’est que je mets plus d’affect dans mes récits radiophoniques que dans ceux à la télévision. C’est normal. La radio est un média d’immense proximité. La télé quant à elle est un média un peu plus froid et distancé. J’ai été le premier présentateur de documentaires incarnés avec «Faites entrer l’accusé» sur France 2. Aujourd’hui, je le fais avec «Crime et châtiment» sur France 3. Mon engagement sur ce programme est important. A l’heure où je vous parle, je suis à Chambéry pour rencontrer, sans caméra, les protagonistes de ma prochaine affaire. On offre aux témoins des garanties pour les rassurer. Ainsi, quand s’ouvre procès d’assisses, je connais déjà le dossier.

Êtes-vous toujours drogué par l’actualité ?

Je me suis sevré de l’addiction. Mais j’aime ça. Il ne faut pas oublier que j’ai eu une carrière de journaliste généraliste. J’y tiens. Sans doute que j’y reviendrais un jour. Se concentrer exclusivement sur le fait divers, ça serait avoir une vision extrêmement réductrice du monde dans lequel on vit. J’ai le sentiment qu’il y a suffisamment de latitude pour avoir des opinons sur tout. Mais dans mon métier de journaliste, je constate qu’il y a beaucoup de centralité. Pourquoi tant de gens cachent-ils leurs idées, leurs regards et leurs opinions, au bénéfice de quelque chose d’assez mou, central et peu dérangeant ? Cela tient beaucoup à la peur de perdre son travail.

Et vous n’avez jamais eu peur ?

J’ai parfois payé le prix de ma grande gueule. Mais ça n’a pas été une mort définitive, la preuve.