C. Honoré transpose avec grâce un roman clé du XVIIe dans un lycée de 2008 (vendredi 12 septembre à 21h00 sur Arte)

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    Nouvelle dans sa classe, Junie, 16 ans, devient la petite amie de l’un de ses camarades et s’éprend follement du professeur d’italien, dont elle va pourtant refuser les avances: «La belle personne» transpose à notre époque, avec grâce et justesse, un roman phare du 18ème siècle, «La Princesse de Clèves». Le mystère et la beauté de la jeune Junie de Chartres (Lea Seydoux) séduit immédiatement le timide Otto (Grégoire Leprince-Ringuet), qui tombe éperdument amoureux. Elle sort avec lui mais s’éprend de Nemours (Louis Garrel), le professeur d’italien, bourreau des coeurs. Il l’aime également mais elle refuse de céder à ses avances, de peur de salir cet amour. Du roman écrit en 1678 par Mme de La Fayette, le cinéaste Christophe Honoré a conservé la trame, mais aucun des dialogues. Avec le co-scénariste Gilles Taurand, il a adapté les échanges entre les protagonistes et les dilemmes moraux à l’époque actuelle. «Nous sommes passés de la cour du roi Henri II (le roman se déroule en 1558) à la cour de récréation d’un lycée d’aujourd’hui», explique Gilles Taurand. La Princesse de Clèves du roman, mariée, renonce à Nemours en raison des impératifs moraux et sociaux de l’époque. Ces interdits sont moins forts aujourd’hui mais Junie, comme l’adolescente du roman, s’est forgée une très haute idée de l’amour et elle ne veut pas trahir cet idéal. «Si nous sommes deux personnes comme les autres, combien de temps allons-nous nous aimer? Il n’y a pas d’amour éternel», déclare l’héroïne à Nemours. Christophe Honoré a voulu adapter le livre de Mme de Lafayette après les propos de Nicolas Sarkozy, qui s’était indigné en 2006 de voir figurer cette oeuvre au programme de concours administratifs. «J’étais accablé par ces déclarations» et «j’ai souhaité montrer les résonances aujourd’hui d’un texte écrit il y a des siècles», explique-t-il. «Je ne voulais pas faire le portrait de la jeunesse actuelle mais voir plutôt la part de permanence dans l’adolescence», à savoir la découverte de l’amour et de la beauté. Et «l’idéal dans l’amour est un thème qui va très bien à l’adolescence», ajoute Christophe Honoré. La subtilité du cinéaste rend crédible cette histoire d’amour rendue impossible entre jeunes gens de 2008, qui clôt «la trilogie de l’hiver» après «Dans Paris» et «Les chansons d’amour».