«Horloger», «cardinal», homme d’influence : les qualificatifs ne manquent pas à propos d’Olivier Schrameck, le patron du CSA, le régulateur de l’audiovisuel qui va trancher mercredi le sort du patron de Radio France Mathieu Gallet. Cet homme aux cheveux blancs et au visage rond chaussé de fines lunettes, arbore en toutes circonstances un sourire bienveillant, ne laissant rien transparaître de ses sentiments. Nommé par François Hollande président du CSA en 2013, il devra avec les six autres membres, nommés par les présidents du Sénat et de l’Assemblée, décider de l’avenir de Mathieu Gallet, à la suite de sa condamnation pour favoritisme à l’INA. Un choix cornélien : le CSA a lui même nommé Mathieu Gallet en 2014 et ce dernier présente un bilan solide à Radio France, mais le gouvernement juge «inacceptable» son maintien. «Le CSA est dans une position extrêmement difficile : soit il révoque Mathieu Gallet et donne l’impression de céder aux pressions du gouvernement et du Président, soit il affirme son indépendance mais maintient en place quelqu’un qui a été condamné, même s’il a fait appel», explique Patrick Eveno, historien des médias à Paris-I. «Dans les 2 cas la décision sera inaudible et incompréhensible», prévient-il. Olivier Schrameck, dont le mandat s’achève en janvier 2019, est cependant habitué des dossiers délicats. Né le 27 février 1951 à Paris, diplômé d’études supérieures de droit public et de Sciences Po, il est entré au Conseil d’Etat en 1977 à sa sortie de l’ENA. Dans les années 1980, alors que la gauche est au pouvoir, il fait ses 1ers pas dans des cabinets ministériels. Sa carrière s’entremêle avec celle de Lionel Jospin, dont il deviendra un confident : il devient son directeur de cabinet à l’Éducation nationale, puis après un passage au Conseil constitutionnel comme secrétaire général, le rejoint à Matignon en juin 1997, toujours comme «dircab». Il devient rapidement indispensable et, prenant part à toutes les décisions, gagne plusieurs surnoms: l’«horloger» pour sa précision de juriste, mais aussi «le cardinal» ou «l’ecclésiastique» pour ses manières et propos toujours onctueux. A cette époque, il s’assure une grande influence, qui lui vaut quelques inimitiés parmi les ministres de l’époque. Après la défaite cuisante de Lionel Jospin en 2002, il est nommé ambassadeur à Madrid, puis réintègre le Conseil d’Etat, et participe à des commissions sur les institutions dirigées par Edouard Balladur (2007) et Lionel Jospin (2012), avant que François Hollande ne le nomme au CSA. Sous son égide, le gendarme de la radio et de la télévision a gagné en visibilité: il a vu son activité se développer (les saisines ont décuplé ces deux dernières années) et a pris plusieurs décisions sans précédent qui ont fait couler beaucoup d’encre.Il a ordonné en 2015 la fermeture de la chaîne Numéro 23, reprochant à ses fondateurs de s’être livrés à une spéculation frauduleuse sur la fréquence qu’ils avaient obtenue gratuitement, avant d’essuyer un revers cinglant l’année suivante lorsque cette décision est annulée par le Conseil d’Etat. En 2015, le CSA nomme Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions, une décision hautement controversée. L’opacité de la procédure est vivement critiquée, notamment par des candidats éconduits et plusieurs syndicats, et M. Schrameck se retrouve lui même soupçonné d’avoir manoeuvré en faveur de Mme Ernotte. Mais cette fois, le Conseil d’Etat lui donne raison en 2016, en validant toute la procédure. «C’est un personnage très attaché à l’indépendance et aux pouvoirs du CSA mais aussi particulièrement tortueux», confie un bon connaisseur du dossier, qui a requis l’anonymat, disant peiner à décrypter ses intentions vis-à-vis de Mathieu Gallet. «Il pourrait tout aussi bien se déjuger» en votant pour le révoquer, ou au contraire «se recroqueviller dans une attitude jusqu’au boutiste (en défendant son maintien), pour démontrer son pouvoir» et son indépendance. Marié à une économiste et père de deux enfants, Olivier Schrameck est passionné de théâtre et d’opéra.



































