Les éditeurs français de presse se révoltent contre un projet européen

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Les éditeurs français de presse se sont insurgés vendredi dernier contre un projet de règlement européen sur la confidentialité des données, qui risque selon eux de réduire leur développement au profit des géants de l’internet. Ce projet de règlement baptisé «ePrivacy», qui vient d’être adopté par la commission Libertés civiles, justice et affaires intérieures du Parlement européen, vise notamment à permettre à chaque internaute dans l’UE de décider dès sa première connexion du niveau de protection de ses données, qu’il souhaite pour l’ensemble des sites qu’il visitera par la suite. A l’avenir, un internaute déciderait donc une bonne fois pour toutes d’accepter ou non les «cookies», ces fichiers invisibles qui se greffent sur un ordinateur pour capter des données personnelles, et non site par site comme c’est le cas actuellement. Mais pour cela, le projet de règlement prévoit que les internautes expriment leur acceptation ou leur refus général des «cookies» via «les navigateurs ou les interfaces détenus par les grands acteurs technologiques mondiaux», s’inquiètent dans un communiqué commun les principales organisations professionnelles de la presse écrite française (SPQN, UPREG, SEPM, FNPS et SPHR). Ce faisant, plaident ces organisations, le règlement ePrivacy «prive les entreprises de presse de la connaissance de leurs lecteurs avec lesquels ils entretiennent un lien de confiance, et interrompt leur capacité de développement dans l’univers digital». Les cookies peuvent par exemple permettre aux sites d’info de mieux mesurer leur audience, et de proposer aux lecteurs des articles ou rubriques susceptibles de les intéresser. Ils peuvent en outre aussi servir à des fins publicitaires.Or si les internautes les refusent systématiquement, les sites de journaux et magazine ne pourraient plus affiner les services qu’ils proposent à leurs utilisateurs et ne pourraient plus valoriser leurs espaces publicitaires comme avant, alors qu’ils sont déjà à la peine en matière de publicités en ligne face à Google et Facebook. «Face notamment à la multiplication des +fake news+, le texte met en danger la production de contenus par des équipes de journalistes professionnels financés par des entreprises de presse: c’est le rôle essentiel de la presse dans la vie démocratique européenne qui est ainsi en cause», préviennent les éditeurs de presse, qui appellent le gouvernement français à intervenir pour trouver des solutions «adaptées».