Pour Média+, la Directrice du service culture de France O revient sur les grandes lignes de la chaîne, au moment de son passage sur la TNT. Sans langue de bois.
média+ : En quelques mots, comment définiriez-vous France O ?
Marie-José Alie : Nous voulons faire une chaîne qui développe la curiosité et qui permet de mieux nous connaître, tous autant que nous sommes sur cette planète. Images, musiques, gestes artistiques, personnalités… Kanaks, gaulois, africains parlent tous de la vie, de l’amour, de la mort… Il faut s’éloigner des systèmes englués, usés, boiteux.
média+ : Avez-vous une idée de l’audience de cette chaîne ?
Marie-José Alie : Ca coûte cher de faire des études avec des chiffres précis… Comme le dit Patrick De Carolis, il faut y aller step by step. Ce qui est sûr, c’est que des millions de Français ne se disent pas seulement mérovingiens et aimeraient aller à la rencontre d’autres cultures. C’est précisément ce que nos décideurs comprennent petit à petit, mais très lentement.
média+ : La dynamique fonctionne-t-elle enfin ?
Marie-José Alie : Il y a toujours de vieux cons qui préfèrent veiller sur leurs prés carrés, de pouvoir plutôt que de faire avancer les choses. Mais progressivement, la télé n’est plus un simple gadget au service des plus forts.
média+ : France 4 et France O, ce n’est pas le même traitement…
Marie-José Alie : Non, nous avons 500 000 euros de budget quand France 4 en a 30 millions ! Pourtant, on est une chaîne multiculturelle et on s’éloigne des soirées parisiennes ! France O est encore très austère car il faut beaucoup d’argent pour être ludique, en axant par exemple les programmes dans le sens du docufiction. Personne ne connaît bien l’histoire du Pacifique. Il y a des tonnes de choses à faire dans ce sens.
média+ : Comment avez-vous ressenti l’évolution du regard métropolitain sur les territoire d’outre mer, ces 20 dernières années ?
Marie-José Alie : Du jour où les outils technologiques ont garanti la continuité territoriale, on a pu penser en termes de production locale. Avant, mis à part quelques reportages régionaux, on avait droit à un JT avec la saison des asperges et l’embouteillage sur le périphérique ! Encore aujourd’hui, le budget pour produire est très faible mais il y a des efforts de plus en plus importants.
média+ : Vous êtes vous-même antillaise. Dans votre parcours de journaliste et de productrice, avez-vous vécu le racisme ?
Marie-José Alie : La France est très jacobine, c’est certain. Il y a vingt ans, je présentais le journal en Bourgogne et souhaitais avoir la responsabilité d’une édition nationale. Le directeur de l’info de l’époque m’a dit que la France n’était pas encore prête de voir une personne de couleur ! Pourtant, en région, cela se passait très bien. C’est dire le décalage entre les tours d’ivoire du pouvoir et la réalité ! Quand je vois le tapage médiatique autour de Roselmack sur TF1, j’ai honte pour nous ! Les amerloques se moquent car chez eux, les présentateurs sont noirs et personne n’en fait une affaire !
média+ : Comment voyez-vous France O dans cinq ans ?
Marie-José Alie : L’idéal, c’est que France O n’existe plus dans cinq ans et ait laissé place à une vraie diversité culturelle sur toutes les chaînes. Avant tout, je défends un idéal militant.



































