Etats-Unis : «Serial» relance le débat sur «l’obsession» des Américains pour les podcasts consacrés aux faits divers

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La libération lundi du principal protagoniste de l’émission de radio «Serial» a relancé le débat sur «l’obsession» des Américains pour les podcasts consacrés aux faits divers et leur impact concret sur le système pénal. Quand Adnan Syed est sorti libre du tribunal de Baltimore, 22 ans après avoir été condamné à la prison à vie pour le meurtre de son ex-petite amie qu’il a toujours nié, une foule de partisans l’a salué et applaudi.Egalement présente, Sarah Koenig, la journaliste qui, en 2014, a fait connaître son nom à des millions d’auditeurs avec le podcast Serial. Sans se prononcer sur sa culpabilité, sa contre-enquête a soulevé de nombreux doutes sur le dossier d’accusation.Téléchargé des millions de fois, ce programme «a fait un carton dans la culture populaire», relève Lindsey Sherrill, chercheuse en communication à l’Université de l’Alabama du Nord. «Les gens ont toujours été intéressés par les crimes, au Moyen-Âge, ils assistaient aux exécutions», rappelle-t-elle. Mais avec Serial, «ce qui était un petit plaisir coupable et voyeuriste est devenu cool». Meurtres jamais élucidés, erreurs judiciaires, disparitions mystérieuses… Les podcasts consacrés à des «vrais crimes» ont fleuri dans la foulée. Lindsey Sherrill en a recensé au moins 5.000, de nature et de qualité très variées. La plupart, réalisés par de simples passionnés, n’apportent pas grand chose de plus qu’«une page Wikipedia», mais «ceux qui sont produits par des journalistes, des juristes ou des enquêteurs professionnels peuvent avoir un réel impact», dit-elle. L’un des meilleurs exemples est, selon elle, la saison 2 d’«In the Dark», une émission produite par la radio publique APM qui revenait sur le dossier de Curtis Flowers dans l’Etat du Mississippi, un homme noir jugé six fois pour un quadruple meurtre dont il s’est toujours dit innocent. Cette contre-enquête journalistique, qui épinglait les errements du procureur en charge de l’affaire, a aidé ses avocats à saisir la Cour suprême des Etats-Unis et a contribué à sa libération après plus de 20 ans derrière les barreaux. L’impact de «Serial» sur le dossier d’Adnan Syed est moins direct, puisque les procureurs ont rouvert son dossier dans le cadre d’une demande de remise de peine. Et ils conservent la possibilité de le rejuger. Aux Etats-Unis, il s’agit toutefois d’élus sensibles à l’opinion publique… Parfois, des programmes plus amateurs peuvent aussi avoir des répercussions concrètes. Le podcast «Truth and Justice», qui incite les fans à envoyer des tuyaux, a facilité la remise en liberté en 2018 d’Ed Ates, emprisonné pendant 20 ans pour le meurtre d’une voisine qu’il a toujours nié. Cet aspect «participatif» est selon Dawn Cecil, professeure en criminologie à l’Université de Floride du Sud, l’une des raisons du succès de ces podcasts. «Les gens peuvent devenir des détectives en ligne, financer des enquêtes, rejoindre des groupes sur les réseaux sociaux pour en discuter…», énumère-t-elle. Mais «cela peut aussi poser de nombreux problèmes, avec de fausse identification de suspects, d’interférences avec l’enquête officielle…». Ces programmes peuvent aussi avoir un impact «négatif sur les victimes, surtout quand elles ne veulent pas que leur histoire soit racontée», souligne Cecil Dawn. La famille d’Hae Min Lee, l’ancienne petite amie d’Adnan Syed qui a été tuée en 1999, s’est ainsi régulièrement plainte de ne pas pouvoir tourner la page. Lundi, son frère Young Lee a laissé éclater sa douleur au tribunal. «Pour moi, ce n’est pas un podcast (…) C’est un cauchemar et il nous tue».