Europe 1: la grève a entrainé peu de perturbations samedi

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Malgré de nombreux soutiens, la grève entamée vendredi à Europe 1 contre la mise à pied d’un journaliste a entraîné peu de perturbations à l’antenne samedi. Selon la direction de la radio du groupe Lagardère, les programmes ont été diffusés quasiment normalement car la rédaction compte une majorité de non-grévistes. Plusieurs journalistes ont expliqué de leur côté que l’antenne du week-end était essentiellement assurée par des travailleurs précaires. Le week-end à Europe 1, ce sont «essentiellement des CDD et des pigistes qui assurent l’antenne», a expliqué un journaliste qui a souhaité rester anonyme. Or, «les grévistes ont abondamment conseillé aux précaires de ne pas faire grève» par «peur des représailles», a-t-il ajouté. Des journaux semblent par ailleurs avoir été raccourcis et «meublés» avec «des interviews plus longues», a ajouté un de ses collègues. Les salariés de la station réunis en assemblée générale (AG) vendredi avaient voté la grève à la quasi-unanimité pour protester contre une procédure de sanction disciplinaire visant un journaliste, après une altercation avec une employée des ressources humaines. Une AG est prévue lundi à 10H pour décider des suites du mouvement, qui survient sur fond de malaise grandissant, entre plan de départs et projet de rapprochement avec la chaîne d’informations CNews (groupe Canal+), contrôlée par Vincent Bolloré, l’actionnaire principal de Lagardère. Samedi, les sociétés de journalistes (SDJ) de Paris-Match et du JDD, détenus par Lagardère, ont apporté leur «soutien» aux salariés d’Europe 1, jugeant «légitimes» leur «demande d’abandon des sanctions» comme leur «refus», exprimé cette semaine dans une tribune au Monde, «de voir la station transformée en un «média d’opinion»». Vendredi, de nombreuses SDJ d’autres médias (AFP, Radio France, Le Parisien, RMC…) avaient également soutenu la rédaction d’Europe 1, relayant sa tribune sur Twitter. Son combat «pour l’indépendance éditoriale est essentiel», a de son côté tweeté samedi le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, demandant au CSA de «jouer pleinement son rôle, ce qui n’avait pas été le cas pour iTELE». Devenue CNews en 2017, iTELE s’était vidée d’une centaine de journalistes sur 120 à l’issue d’une grève historique de 31 jours en 2016. Autre signe des tensions à l’oeuvre chez Europe 1, la démission de l’humoriste Christine Berrou, annoncée vendredi après son refus de retirer une allusion au polémiste de CNews, Eric Zemmour, dans sa chronique du week-end. Après une «vanne très anodine» («mon papa, c’est Éric Zemmour, il aime pas les gens heureux…») sa hiérarchie lui a signifié qu’il était «plus raisonnable» de retirer sa plaisanterie, a affirmé Christine Berrou au Parisien, déplorant la situation «gravissime» de la rédaction où elle officiait depuis sept ans.