F. SAUVAGNARGUES (FIPA) : «Il y a de plus en plus de passerelles entre fiction et documentaire»

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Une fois encore, le Festival International des Programmes Audiovisuels de Biarritz, qui vient de fermer ses portes, continue de montrer la diversité de la création audiovisuelle internationale. Bilan complet avec François SAUVAGNARGUES, Délégué général du FIPA.

 

média+ : Plus que jamais, le FIPA s’affirme comme festival de la diversité et de la transversalité de la création audiovisuelle. Qu’avez-vous constaté ?  

 

François SAUVAGNARGUES : Sur plus de 1.600 œuvres reçues, nous en avons sélectionné 114 au total en provenance de 30 pays. La télévision est un espace de création dans tous les genres audiovisuels. Parmi les sections compétitives sur les fictions et les documentaires, nous avons mélangé les programmes d’expression classique, avec ceux en réalité virtuelle, sans oublier les webdocs et webséries. Ces programmes ont été confrontés les uns par rapport aux autres et montrés ainsi au jury international.

 

Au cœur du panorama mondial de la création TV, quels pays tirent leur épingle du jeu ?

 

Plus généralement c’est l’Europe qui tire son épingle du jeu. Elle dispose de services publics qui restent des centres de production de grande qualité. Néanmoins, de nouveaux territoires émergent. C’est le cas pour l’Amérique Latine puisque nous avons détectés de très belles séries brésiliennes et chiliennes. Pour le documentaire, c’est assez varié. Tout ce qui provient d’Europe du Nord – et de Scandinavie notamment- est toujours d’une qualité exceptionnelle. C’est le rôle d’un festival comme le nôtre de montrer que qualité rime avec création et télévision.

 

Ce que vous qualifiez d’«œuvres de qualité», n’est pas nécessairement diffusée en Prime Time…

 

C’est exact !  La question du Prime Time se pose notamment pour les documentaires. En revanche, tous ces contenus ne sont pas amenés à être diffusé en 3ème partie de soirée. D’ailleurs en fiction, les budgets sont essentiellement alloués pour le Prime. L’Allemagne déploie une certaine forme d’audace et de radicalité dans ses œuvres par rapport à d’autres pays. La ligne de force, ce sont de beaucoup de films qui traient des violences faites aux femmes, de harcèlement et du viol. Il y a des courants sous-jacents qui émergent dans les préoccupations des auteurs. Déjà abordée en documentaire, la thématique des migrants est aujourd’hui traitée dans des films en réalité virtuelle.

 

Après l’Australie, le Brésil, l’Espagne et le Canada, le FIPA a consacré son focus 2018 à la scène audiovisuelle israélienne. Qu’en retenez-vous ?

 

Israël présente un savoir-faire remarquable, un modèle de production singulier, une approche artistique stimulante et des contenus largement exportés. Considéré comme un vivier de talents remarquables, le secteur audiovisuel israélien est reconnu pour sa créativité et son réseau d’écoles particulièrement performantes. Depuis 10 ans, une quinzaine de leurs séries, souvent produites avec de petits moyens, ont conquis le monde et adaptés pour certaines aux Etats-Unis. C’est le cas de «beTipul» (In treatment), «Hatu n» (Homeland), «Bnei Aruva» (Hostages) ou «Yellow peppers» (The A Word). Il y a souvent un grand souci de réalisme. Nombreuses de leurs séries ont été cooptées ou coproduites par les plateformes de SVOD. Quant aux documentaires, ils ont une capacité à traiter des sujets de société sans tabou, de façon cash et directe.

 

Parmi les enjeux abordés lors du FIPA Industry, quel est celui qui vous a marqué ?

 

Nous sommes revenus sur la question de la narration en forme longue pour le documentaire. Le documentaire «Staircase» de Jean-Xavier de Lestrade en était l’illustration puisqu’il a produit 13 épisodes sur une douzaine d’années. Ce qui nous intéresse, c’est de voir aussi les passerelles entre fiction et documentaire. On obtient souvent des contenus hybrides. La série documentaire parvient à avoir une force narrative à part avec la puissance du réel.