Guillaume Meurice, élément perturbateur pour ses partisans comme ses détracteurs

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(FILES) French author, radio-host, writer and humourist Guillaume Meurice, poses during a photo session in Paris on March 13, 2024. France Inter comedian Guillaume Meurice has been suspended by Radio France pending a possible sanction up to and including dismissal, after repeating his polemical comments made at the end of October about Benjamin Netanyahu, sources told us on May 2, 2024. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Élément perturbateur pour ses partisans comme ses détracteurs, Guillaume Meurice, licencié mardi par Radio France après avoir répété ses propos polémiques sur le Premier ministre israélien, assume un humour politique provocateur et un positionnement très à gauche. Révélé par la scène avant de devenir célèbre grâce à la télévision et la radio, l’humoriste et chroniqueur avait suscité une vaste controverse en octobre 2023, dans les jours suivant l’attaque du Hamas contre Israël et la riposte de l’État hébreu à Gaza, en comparant Benjamin Netanyahu à une «sorte de nazi mais sans prépuce». Il l’a répété fin avril, après le classement sans suite d’une plainte pour provocation à la haine. Mis à pied par Radio France dans la foulée puis finalement licencié, lui estime avoir fait son métier, celui de bouffon. Le rôle lui tient à coeur: en 2021, il publiait un roman sur le fou des rois Louis XII et François Ier, Triboulet. Dans cette veine rouge de critique du pouvoir, il a aussi suggéré M. Netanyahu comme prix Nobel car, «quand il aura construit un parking sur la bande de Gaza, il y aura la paix». «J’ai juste fait une blague dans une émission d’humour, dans une chronique humoristique», disait Guillaume Meurice en mars, à l’occasion de la sortie de «Dans l’oreille du cyclone», son livre sur les suites de cette affaire, et notamment son audition devant la police judiciaire. Venu de nulle part, comme il le revendique lui-même, à savoir un bourg de Haute-Saône, l’humoriste aux cheveux poivre et sel est reconnu comme l’un des satiristes les plus acides contre les puissants de notre époque. Avec comme cibles préférées le milliardaire Vincent Bolloré ou les responsables politiques. Il raconte qu’il croise parfois des anonymes qui ne partagent pas ses opinions politiques mais lui confient qu’ils l’écoutent, comme ce militant rencontré à un meeting de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour. S’il est manifestement hostile au «grand capital», aux conservateurs, aux fondamentalistes de toutes les religions et aux racistes, ses saillies n’épargnent pas grand-monde. «Je fais des blagues sur [Jean-Luc] Mélenchon. Comme on est pas mal suivi par la gauche, il y a des gens qui m’écrivent pour dire: ‘ah, t’as changé, t’es devenu macroniste?!’», rit-il. Aller très loin dans la caricature, il le revendique. «Quand on pratique ce type d’humour, on blesse forcément des gens, on en choque forcément», admet-il. «C’est inhérent à la pratique du métier et j’ai envie de dire que ce serait quasi une faute professionnelle si ça n’arrivait pas.» Passé par le cours Florent après des études de gestion qui l’ont profondément ennuyé, l’homme bien élevé, qui aura 43 ans vendredi, a toujours aimé le risque. Il raconte dans son livre qu’il a perdu l’un de ses nombreux emplois alimentaires «à cause d’un poème… Dans la patrie de Victor Hugo et de Francis Lalanne». Dans un vers, il évoquait une supérieure hiérarchique portant «le nom d’un arbre dont on fait les cercueils». Mme Sapin avait peu goûté cet humour noir. Son premier one-man show en 2007 s’est d’abord appelé «Annulé». Titre qui, concède-t-il, n’incitait pas les spectateurs à acheter leur place. France Inter, à l’affût des talents émergents, repère son sens de la répartie en 2012. Il est alors embauché pour des micro-trottoirs, qui deviendront l’une de ses marques de fabrique. Au fil d’une douzaine d’années d’émissions, cette fidélité à son employeur fait de lui l’une des figures de l’humour sur le service public. Nombre de ses collègues apprécient la touche d’impertinence qu’il ajoute à une antenne qui, le plus souvent, penche pour le sérieux. Un passage sur Canal+ aura été bien plus éphémère. En janvier 2015, il quitte rapidement son poste de chroniqueur quand Canal lui interdit de montrer à l’antenne des caricatures de «Charlie Hebdo», dont la rédaction vient d’être visée par un attentat. Car, dit-il, sa seule limite est «la loi. Et elle me paraît bien faite».