HBO Max : «Paolo», thriller politique au cœur de la Champagne

HBO Max : «Paolo», thriller politique au cœur de la Champagne

Sombre, mordante et politique : la série «Paolo», réalisée par Sébastien Marnier pour HBO Max, raconte les retrouvailles ambiguës de deux hommes de classes sociales opposées, sur fond de thriller haletant où l’intime s’entremêle aux traîtrises de la politique locale. Dans la ville de Roisson, qui n’a de fictif que le nom tant l’univers de la région champenoise et de ses «aristocrates de la vigne» est réaliste, Paolo Da Costa, déménageur de piano, croise la route de Téophane Tolbiac, un ancien camarade d’école, brillant écrivain revenu se présenter aux élections municipales de la ville. Le face à face entre Paolo et Téophane, interprétés par Jérôme Niel et Yoann Gasiorowski de la Comédie-Française, se transforme rapidement en une fascination dévorante du premier pour le second, entre désir énigmatique et angoisses de classe. Réalisateur et coscénariste de la série avec Juliette Soubrier, Sébastien Marnier, 48 ans, reprend là la «trame» et l’»architecture» de son premier roman, «Mimi», publié chez Fayard en 2011. C’est une «variation» plus qu’une «adaptation» de cette histoire «qui m’habitait encore pas mal», explique Sébastien Marnier, qui a réalisé la série «Les Enfants sont rois» ou le film «Irréprochable». Construite en sept épisodes, la série produite pour HBO Max sera diffusée à partir du 25 septembre au rythme d’un épisode par semaine sur la plateforme. Elle a ouvert mardi soir le Festival de la fiction de La Rochelle. «Ca faisait longtemps que j’avais envie de faire une fiction qui se passe dans une arène politique à une échelle locale», explique Sébastien Marnier. La série est en partie inspirée de sa propre vie, son père était élu local et les discussions politiques «un ciment» des relations familiales. «On parl(ait) que de ça», confie-t-il. «L’ayant vécu de l’intérieur, (…) c’est une arène fascinante (avec) tout ce qu’il y a de pathétique et de traîtrise». Chabrolienne dans sa manière de critiquer la bourgeoisie provinciale, ses zones d’ombre et ses non-dits, la série instaure dès le premier épisode une tension qui va ensuite crescendo, de même que la violence et l’étrange qui s’y invitent. «Paolo» est «politique en soi», dans sa manière de raconter «l’obstination d’un personnage principal qui a envie d’accéder à (une nouvelle) classe sociale», ajoute Sébastien Marnier. Mais le réalisateur a aussi profité du «format sériel» pour «creuser l’âme humaine beaucoup plus profondément» que l’aurait permis un long-métrage. A l’image de la relation entre les deux hommes, «complexe et qui vient aussi questionner la masculinité, la virilité», poursuit-il. Autour du binôme principal, la série s’autorise des intrigues secondaires et prend le temps de développer d’autres personnages, portés entre autres par Magalie Lépine-Blondeau, Guslagie Malanda et Marie Oppert de la Comédie-Française. «C’est tellement éclectique, tellement riche», s’enthousiasme Jérôme Niel. «La série s’appelle Paolo mais c’est finalement une écriture assez tentaculaire», avec «tous les personnages qui gravitent autour de lui». Révélé au grand public dans un registre d’abord humoristique (Studio Bagel), l’interprète de Paolo transite vers un registre plus sombre. «Je n’attends que de la nouveauté, de sortir de ma zone», affirme-t-il. La tension et l’ambiguïté constantes de la série n’empêchent pas une certaine ironie, travaillée notamment dans les transitions et les compositions de plan, une marque de fabrique des séries HBO américaines.

Aucun article à afficher