La publication de la dernière vague d’audience radio de Médiamétrie avant l’été a suscité quelques réactions au sein du marché, notamment face aux performances spectaculaires de Radio Nova. L’occasion pour media+ de revenir sur cette vague, mais aussi sur les évolutions de la mesure de l’audience radio, avec Julie TERRADE, Directrice Radio Nationale chez Médiamétrie.
MEDIA +
Selon la dernière vague de Médiamétrie, comment se porte le média radio ?
JULIE TERRADE
La radio demeure un média solide et puissant. Près de deux tiers des Français l’écoutent chaque jour en semaine, soit environ 38 millions d’auditeurs quotidiens. Sur un mois, plus de 95% des Français ont au moins un contact avec la radio. Sur la vague avril-juin 2026, la baisse reste mesurée, avec environ 20.000 auditeurs de moins qu’en avril-juin 2025. Les fondamentaux restent solides, avec un «prime time» à 8 heures qui rassemble près de 12 millions d’auditeurs. La diversité de l’offre constitue également un atout majeur : généralistes et musicales atteignent chacune près de 30% d’audience cumulée sur une journée, auxquelles s’ajoutent les radios thématiques et locales.
MEDIA +
Quelles sont les spécificités du profil de l’auditeur radio ?
JULIE TERRADE
L’audience est fortement corrélée à l’âge, avec une césure autour de 35 ans. Plus de 70% des 35-59 ans écoutent la radio chaque jour, contre un jeune sur deux chez les moins de 35 ans. Les jeunes sont davantage en affinité avec les musicales, tandis que les publics plus âgés privilégient les généralistes. Autre force structurelle : la mobilité. Environ la moitié du volume d’écoute se fait hors domicile, dont un tiers en voiture. La digitalisation progresse également.
MEDIA +
Les performances de Nova ont particulièrement retenu l’attention du marché. Que pouvons-nous en dire ?
JULIE TERRADE
Notre position est neutre : le rôle de Médiamétrie consiste à photographier l’écoute à un instant T. Ce que l’on observe, c’est une progression très marquée pour Nova. Un élément factuel peut néanmoins être relevé: la station a opéré, il y a deux ans, un virage éditorial avec une antenne davantage incarnée, plus de talk et l’arrivée d’humoristes emblématiques. Elle est également très active sur les réseaux sociaux. Nos mesures confirment cette dynamique.
MEDIA +
Concrètement, comment Médiamétrie interroge-t-elle le public pour calculer l’audience radio?
JULIE TERRADE
Nous combinons deux dispositifs complémentaires. Le premier est une enquête déclarative téléphonique à grande échelle, avec environ 100.000 interviews par an. Chaque jour, un échantillon représentatif différent est interrogé sur son écoute de la veille. C’est la référence pour les indicateurs d’un jour moyen. Le second repose sur l’audimétrie individuelle portée (AIP). Depuis 2022, nous mesurons automatiquement l’écoute auprès d’environ 6.000 panélistes équipés d’un dispositif capable de détecter le watermarking inséré dans les flux radio. Ce panel permet d’observer les comportements sur des périodes plus longues. Ces deux méthodologies sont donc complémentaires.
MEDIA +
Des évolutions de cette mesure sont-elles envisagées ?
JULIE TERRADE
Deux évolutions majeures sont prévues dès la rentrée. La première concerne l’enquête déclarative, avec la mise en place d’un recueil multimode. Le premier contact restera téléphonique, mais les personnes interrogées pourront ensuite choisir de poursuivre l’interview avec un enquêteur ou de basculer vers un questionnaire en ligne. La seconde évolution concerne l’AIP. Nous avons terminé de déployer cet été notre nouveau meter, une montre connectée, sur l’ensemble du panel. La portabilité est meilleure et l’usage plus simple pour les panélistes. Plus largement, nous avançons, comme ailleurs en Europe, vers une hybridation des mesures. Nous travaillons à une rénovation de notre dispositif afin de combiner le déclaratif et la mesure automatique et tirer le meilleur parti de chacune de ces solutions. L’enjeu est de mieux refléter un univers audio en pleine évolution, tout en conservant la comparabilité historique de la mesure.
MEDIA +
Échangez-vous avec vos homologues européens ou internationaux pour mutualiser connaissances, savoir-faire et méthodes ?
JULIE TERRADE
Oui, il existe des instances d’échange avec nos homologues. Partout, nous observons une évolution vers davantage d’hybridation et de multi-recueil, sous l’effet du digital et de la fragmentation des usages. L’Allemagne introduit notamment une part de recueil online, tandis que le Royaume-Uni développe davantage la mesure automatique. La radio reste toutefois un marché très national. Nous regardons ce qui se fait ailleurs pour nous inspirer et partager nos propres avancées lorsque cela est pertinent.


































