La fiction française au bord du décrochage faute de financements

Budgets rabotés chez France Télévisions, revenus publicitaires en berne pour les chaînes privées, les producteurs et scénaristes de fictions françaises sonnent l’alerte sur une baisse des financements qui met en péril toute la filière. Quelques années après les cartons mondiaux des séries «Dix pour cent» ou «HPI», la fiction tricolore se retrouve même «au bord du gouffre», s’est alarmée jeudi au festival de la fiction de La Rochelle la présidente du syndicat de producteurs USPA et patronne de Gaumont Télévisions France, Isabelle Degeorges. Poumon de la création audiovisuelle, mais contraint par l’Etat de faire des économies, le groupe public France Télévisions a «abandonné» cette année le développement d’une dizaine de téléfilms sur des thèmes de société comme «la précarité étudiante ou l’esclavage moderne», a confirmé son directeur des antennes et des programmes, Stéphane Sitbon- Gomez. Côté polars, les tournages des «Meurtres à…», stoppés pendant plusieurs mois, reprennent mais «Tropiques criminels», «César Wagner», «Face à Face», «qui fonctionnaient bien à l’antenne», ont été arrêtés, ajoute-t-il. Après avoir ramené de 440 à 400 millions d’euros ses investissements dans la création audiovisuelle, France Télévisions pourrait devoir diminuer l’enveloppe à 380 millions d’euros en 2027, a indiqué une source au sein du groupe.

Séries plus courtes : Chez TF1, touché par une baisse des revenus publicitaires, on promet une «ambition très forte» cette saison, avec «plus d’une quinzaine de nouveautés», dont «La comtesse de Monte Cristo», avec Audrey Fleurot, «M’endors pas» sur les viols de Mazan, ou «Oradour» avec Matt Pokora. Mais on concède aussi que «des projets assez ambitieux sont en attente de financement». Au total, l’USPA estime que les investissements des chaînes classiques (TF1, France Télé, M6, Canal+) vont diminuer de 70 millions d’euros en 2026, soit 10% de leur total. «La tendance va aux séries plus courtes: on était passé au modèle 6 fois 52 minutes, maintenant c’est 4 fois 52 minutes, voire trois. Et de nombreux projets sont arrêtés, parfois de manière abrupte, jusqu’à trois semaines avant le tournage», décrit Anna Fregonese, vice-présidente du répertoire fiction à la Guilde française des scénaristes. «Beaucoup de petites sociétés de production vivent grâce à une commande par an. Ce qu’il faut prévoir, c’est que des producteurs vont disparaître ou être absorbés par de grands groupes», la France comptant des géants comme Mediawan ou Banijay, estime-t-elle. «Et pour des scénaristes débutants, c’est catastrophique».

Plateformes et YouTube : Au-delà des financements, «le secteur traverse une crise structurelle», souligne la présidente du festival de la fiction de La Rochelle, Sophie Révil. «Il y a une révolution des usages: les spectateurs sont de plus en plus captés par YouTube et les réseaux sociaux, et ils ne regardent plus la télévision le soir mais les plateformes de streaming», explique-t-elle. «Il y a de l’inquiétude mais aussi beaucoup de fierté», nuance-t-elle, en soulignant «la qualité magnifique» des oeuvres présentées à La Rochelle, de «La Rumeur» sur l’assassinat de Samuel Paty (France Télévisions) à un thriller filmé sur le porte-avions Charles de Gaulle («Le Charles», M6/ Prime Video). «On va privilégier les mini-séries à impact fort sur des faits de société», comme «L’affaire Laura Stern» sur les violences conjugales, plus adaptées à la plateforme france. tv qu’aux chaînes classiques, explique de son côté Stéphane Sitbon-Gomez.

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