La police criminelle allemande (BKA) critiquée pour avoir elle aussi utilisé le logiciel espion israélien Pegasus

31

La police criminelle allemande (BKA) a acheté en 2019 le logiciel espion israélien Pegasus, une acquisition confirmée mardi de source parlementaire et qui suscite des critiques. 

L’Office fédéral a acheté fin 2019 le logiciel israélien utilisé dans plusieurs pays pour espionner des hommes et femmes politiques, journalistes ou encore des chefs d’entreprises via leur téléphone portable, ont révélé mardi les médias allemands «Die Zeit» et «Süddeutsche Zeitung». 

Cette acquisition auprès de la société israélienne NSO Group a été confirmée de source parlementaire lors d’une réunion de la commission de l’Intérieur au Bundestag, la chambre basse du parlement allemand. 

Régulièrement accusé de faire le jeu de régimes autoritaires, NSO assure que son logiciel Pegasus sert uniquement à obtenir des renseignements sur des réseaux criminels ou terroristes. 

Outre l’écoute des conversations téléphoniques, Pegasus permet de déclencher à distance le micro d’un appareil pour écouter les conversations alentour, ou d’avoir accès à l’appareil photo notamment. 

En Allemagne, le logiciel aurait été utilisé par la police criminelle dans «quelques cas», uniquement pour écouter des communications téléphoniques, selon ces sources parlementaires. 

Aucun précision n’a été en revanche donnée concernant une éventuelle utilisation par les services de renseignements.

Cette acquisition représente un «cauchemar pour l’Etat de droit», a déploré Konstantin von Notz, député écologiste, exigeant une «clarification complète» de la part du gouvernement d’Angela Merkel. 

L’achat aurait en effet été effectué malgré les mises en garde des juristes du ministère de l’Intérieur. 

L’opposition et les ONG de défense des droits demandent des éclaircissements sur l’usage de cet outil et rappellent que la Cour constitutionnelle allemande a strictement encadré l’utilisation des logiciels espion de ce type. 

«Nous voulons savoir si les journalistes ont été espionnés à leur insu, si leurs sources sont toujours en sécurité», a de son côté réagi l’Association des journalistes allemands. 

Amnesty International a pour sa part exigé «des règles urgentes sur les marchés publics qui obligent les organismes publics à prendre en compte les antécédents des entreprises en matière de droits de l’homme lors de leurs achats». 

Pegasus aurait permis d’espionner, selon les révélations de médias internationaux en juillet, au moins 180 journalistes, 85 militants des droits humains ou encore 14 chefs d’Etat dont le président français Emmanuel Macron.