Le réalisateur américain Gus Van Sant se lance dans le théâtre avec un musical sur Andy Warhol

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Le réalisateur américain Gus Van Sant doit présenter jeudi à Lisbonne sa première oeuvre pour la scène, un spectacle musical sur un jeune Andy Warhol en passe de devenir l’icône de la Pop Art. «J’ai essayé de réunir les meilleurs moments de la vie d’Andy pour expliquer son ascension dans le monde de l’art des années 1960», décrit le cinéaste de 69 ans, auteur de «My own private Idaho» (1991) ou «Good Will Hunting» (1997) et vainqueur de la Palme d’or du festival de Cannes avec «Elephant» (2003).

Des anecdotes autour des rencontres de Warhol avec l’écrivain Truman Capote, le critique d’art Clement Greenberg ou l’actrice Edie Sedgwick, émerge «un personnage étrange, qui n’a pas vraiment de rapport avec l’Andy Warhol que nous connaissons. C’est un peu comme sa doublure», poursuit Gus Van Sant avant la première d’«Andy» au Théâtre national Dona Maria II de Lisbonne.Auteur des dialogues et des chansons, Van Sant «mélange les temps, la réalité et la fiction, pour construire son rapport imaginaire avec Andy Warhol», complète John Romao, qui a lancé au cinéaste le défi de se lancer dans sa première création théâtrale pour la biennale d’art contemporain BoCA qu’il organise dans la capitale portugaise. Ce spectacle, qui fera une tournée européenne passant par Rome, Amsterdam, Paris et Athènes, a pour sa part offert au réalisateur américain l’occasion de voir aboutir un projet auquel il pensait depuis longtemps.Le réalisateur, qui est également scénariste, peintre, photographe et musicien, avait même écrit le scénario d’un film dans lequel l’acteur River Phoenix, mort à 23 ans en 1993, devait jouer le rôle de Warhol. Dans sa cinématographie, Van Sant a fait d’autres incursions dans le genre biographique, avec un film sur les derniers jours du chanteur de Nirvana Kurt Cobain («Last Days», 2005) ou un autre sur le militant des droits des homosexuels Harvey Milk («Milk», 2008). 

«Très peu de gens savaient réellement qui était Andy Warhol», relève l’acteur portugais Diogo Fernandes, qui incarne Warhol aux côtés d’un casting de jeunes comédiens parlant et chantant en anglais. «Je pense que c’était un garçon timide, fasciné par la culture américaine et qui voulait être une star, mais qui n’a jamais imaginé l’impact qu’il aurait», dit-il. L’oeuvre créée par Gus Van Sant et son équipe à 100% portugaise, un choix qui a notamment permis aux producteurs de réduire les contraintes provoquées par la pandémie de Covid-19, ne manque pas d’ailleurs de laisser voir la superficialité d’un artiste qui, dans ce portrait, affiche son attraction pour le glamour et l’argent associés au monde de l’art. 

Pour John Romao, qui a collaboré avec Gus Van Sant sur ce projet, Warhol est «un personnage à moitié caché dans l’ombre, timide et en même temps d’une grande force grâce à sa capacité à concrétiser ses idées. Cela provoquait autour de lui autant de fascination que d’effroi». «Andy» correspond également à «un désir de Gus Van Sant de transporter sur scène son regard de directeur d’acteurs, d’écrivain de dialogues mais aussi de créateur d’atmosphères musicales», relève Tiago Rodrigues, qui s’apprête à quitter la direction artistique du théâtre national de Lisbonne pour devenir le premier étranger à diriger le Festival d’Avignon.