Le tribunal s’est penché mercredi sur les mots d’Eric Zemmour

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«Multirécidiviste de la haine» ou «polémiste» qui use de sa «liberté d’expression»: le tribunal s’est penché mercredi, en son absence, sur les mots d’Eric Zemmour, poursuivi pour injure et provocation à la haine raciale après un discours tenu en septembre à Paris. Même s’il n’est pas là physiquement, la voix du chroniqueur de 61 ans, qui intervient quotidiennement dans une émission sur CNews, résonne tout de même dans le tribunal, qui a décidé de visionner les 32’ du discours du 28 septembre, prononcé lors d’un rassemblement politique et qui lui vaut d’être jugé. En bas du large écran de la salle d’audience, les 3 couleurs de la chaîne LCI, qui avait retransmis l’intégralité des propos en direct. En plan de coupe, dans le public, apparait l’ex-députée d’extrême droite Marion Maréchal, dont les proches avaient organisé cette réunion baptisée «convention de la droite». A l’époque, les propos avaient suscité l’indignation dans la classe politique, jusqu’au Premier ministre, mais aussi au sein des médias qui employaient M. Zemmour. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait reçu 3.600 signalements et le parquet avait rapidement ouvert une enquête. Neuf mois et 2 renvois plus tard, le tribunal se penche sur six passages de cette virulente diatribe contre l’immigration et l’islam. M. Zemmour y dépeint notamment des immigrés «colonisateurs» et une «islamisation de la rue», décrivant le voile et la djellaba comme «les uniformes d’une armée d’occupation». «La question qui se pose donc à nous est la suivante: les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Si oui, ils méritent leur colonisation. Si non, ils devront se battre pour leur libération. Mais comment se battre ? Où se battre ? Sur quoi se battre ?» dit-il notamment. Un «quasi-appel à la ratonnade», s’indigne à la barre Dominique Sopo, de SOS Racisme, partie civile. M. Zemmour «est dans une trajectoire de dérive, avec une montée en puissance de la violence», affirme-t-il, parlant d’«un Dieudonné des chaines d’infos», qui «a choisi de faire de la haine un spectacle». Les avocats de la dizaine d’associations partie civile alertent longuement sur le «danger» des propos, appelant à une sanction «exemplaire», «dissuasive» pour porter un «coup d’arrêt» à un «multirécidiviste de la haine». «Il ne s’agit pas de sa liberté d’expression, d’opinion, mais il s’agit clairement de haine raciste, d’appel clair à la discrimination et à la violence» à l’encontre «des immigrés, les musulmans, les Africains», lance l’avocate de la Licra, Sabrina Goldman. «Il y a un appel, une exhortation au rejet, à la discrimination des musulmans dans leur ensemble», tance plus tard, dans son réquisitoire, la représentante du parquet. Décortiquant une «rhétorique insidieuse» qui «crée la peur» et «essentialise la communauté musulmane», elle demande une peine de 10.000 euros d’amende, avec possibilité d’emprisonnement en cas de non-paiement, ainsi qu’une publication «large» de la décision aux frais du prévenu. La condamnation «doit amener les citoyens et pas seulement M. Zemmour, l’opinion publique, à prendre conscience que s’il avance toujours sur un fil, celui de la provocation et de dépasser le «politiquement correct», une sanction est prononcée lorsqu’il franchit les limites posées par la loi», ajoute-t-elle. «On a assimilé M. Zemmour à Dieudonné, à Alain Soral, à Edouard Drumont», autant «d’amalgames d’une violence extrême», s’est indigné Me Pardo pour la défense. Affirmant qu’«à aucun moment, une communauté n’est visée dans son ensemble», il assure que quand l’auteur parle de «se battre», «c’est se battre avec des mots», et évoque un discours «beaucoup plus balancé qu’il n’y paraît». Le tribunal rendra sa décision le 25 septembre.