Les applications de rencontres amicales en plein boom

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Trouver des copains pour aller à l’escalade, visiter une exposition ou simplement prendre l’apéro: ils sont nombreux aujourd’hui à utiliser des applications de rencontres amicales, après 2 ans de pandémie qui ont bouleversé les liens sociaux. Ces plateformes veulent lutter contre l’isolement social, qui touche un nombre croissant de personnes, en particulier depuis la crise du Covid. Prénom, âge et centres d’intérêt: on créé son profil en quelques clics, comme sur les sites de rencontres amoureuses. Pour Mohamed, 29 ans, il s’agit d’une façon «sympa» de rencontrer de nouvelles personnes, autour d’activités. Un cadre qui permet de discuter «plus facilement», selon ce consultant en informatique en région parisienne. Lancé en 2002, le pionnier du secteur Meetup propose ainsi de rejoindre des groupes thématiques en ligne qui organisent des activités collectives. «Meetup a longtemps été centré sur l’apprentissage et la technologie, mais c’est en train d’évoluer», indique son Directeur Général, David Siegel. «Les gens veulent désormais simplement rencontrer de nouvelles personnes et construire des relations». Les recherches pour le mot clé «amis» ont explosé sur ce réseau social pendant la pandémie, tout comme son nombre d’utilisateurs, +15% à 59 millions dans le monde, principalement âgés de 30 à 45 ans. Glisser vers la droite un profil qui nous plait – comme pour les rencontres amoureuses – puis engager une discussion amicale si la personne a fait de même: Bumble For Friends (BFF), créée en 2016 et dédiée à l’amitié, «s’est considérablement développée» l’an dernier, indique Naomi Walkland, vice présidente Europe de Bumble, une des plus célèbres applications de «dating». Dans le contexte actuel de moindres restrictions, elle constate sur l’application un «nouvel intérêt» pour les activités «à plusieurs», après deux années «particulièrement solitaires pour beaucoup». La pandémie et les périodes de confinement «ont accentué le sentiment de solitude» partout dans le monde, confirme Cécile Van de Velde, professeure de sociologie à l’Université de Montréal. Au Canada, en France, en Israël et au Royaume-Uni, des études ont montré que les jeunes ont été particulièrement touchés, précise-t-elle. Un tiers des Français de 15 à 30 ans témoignaient d’un sentiment de solitude l’an dernier, contre 21% de l’ensemble de la population française, selon une étude de la Fondation de France. Pour les jeunes, comme pour les plus âgés, l’enjeu est désormais de renouer des liens. «Le Covid a été un déclencheur universel», estime Alae Elhayyate, fondateur de Frimake, qui propose depuis 2019 de participer à des activités en groupe près de chez soi, organisées par des particuliers. «Tout le monde s’est rendu compte qu’il fallait profiter de la vie». Le nombre d’utilisateurs de Frimake a «grimpé en flèche» après chaque déconfinement, souligne l’entrepreneur toulousain. Il atteint à présent 150.000, principalement des personnes âgées de 25 à 45 ans. Alex, 33 ans, s’est inscrit il y a un an, au moment de la réouverture en France des commerces et lieux de loisirs. «J’avais énormément besoin de sortir et de rencontrer du monde», se souvient ce Francilien. Utiliser l’application pour participer ou organiser des sorties est depuis «devenu quasiment une addiction»: «Je me connecte presque tous les jours, j’ai toujours envie de rencontrer des gens et de découvrir de nouveaux lieux», témoigne-t-il. Reconstruire un réseau amical après un déménagement ou une séparation, trouver des personnes disponibles pour une activité alors que ses amis habituels ne le sont pas… Diverses raisons, souvent d’ordre pratique, amènent à s’inscrire à ces applications, selon Anne-Sylvie Pharabod, sociologue chez Orange, qui a mené une recherche sur la communauté du site de rencontres amicales «On va sortir».