M. BEJOT (TVFI) : «En 10 ans, on enregistre +100% de ventes à l’international sur la fiction française»

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Mathieu BEJOT, Délégué général de TV France International

La 23ème édition du Prix du producteur français de télévision se tiendra ce lundi 13 mars au Trianon. Lors de cette même soirée, seront également remis les «Prix Export de TVFI». L’occasion de s’entretenir avec Mathieu BEJOT, Délégué général de TV France International.

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Les «Prix Export de TVFI», un bon moyen de promouvoir l’export français ?

Mathieu BEJOT

C’est un moyen de mettre en lumière les activités de distribution internationale qui sont parfois assez mal connues. Nous constatons la même chose concernant le poids de la France dans le monde et le rôle des Français dans ce cadre. On entend beaucoup de gens, y compris dans le métier, dire que les Anglais et les Américains sont les seuls à savoir exporter des programmes. Or, ce n’est pas le cas. La France est l’une des principales nations exportatrices. Nous enregistrons une belle croissance depuis quelques années en dépit d’un marché compliqué. Sur le maillon de la distribution internationale, beaucoup ont encore une vision réductrice du secteur. Selon eux, si le programme s’exporte, c’est qu’il est bon. S’il ne s’exporte pas, c’est que le distributeur est mauvais. Compte tenu de la concurrence internationale, le rôle joué par les exportateurs est vraiment crucial pour porter les programmes à l’international.

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Quels efforts les distributeurs accomplissent-ils pour exporter au mieux les programmes ?

Mathieu BEJOT

Les distributeurs interviennent de plus en plus an amont. Il y a 10 ans, le distributeur recevait un DVD, regardait le programme, prenait les droits ou pas, et l’affaire était conclue. Aujourd’hui, les distributeurs lisent les scénarios et participent éventuellement au plan de financement. En France, le rôle du distributeur et son implication ont beaucoup changé. Sur l’international, il existe deux challenges importants. Avec l’émiettement des clients et la fragmentation des audiences, de plus en plus de contrats sont cédés à des montants unitaires restreints. Il y a un vrai défi pour continuer à faire du business dans ces conditions. Pour caricaturer, c’est travailler plus pour gagner moins avec des marges réduites. L’enjeu est de savoir comment les distributeurs gagnent de l’argent en vendant un programme 100 $ de l’heure. Il faut trouver des solutions à cela. L’autre challenge qui se pose, c’est la complexité des droits, et notamment ceux de la SVOD de plus en plus demandés et qui nécessitent une gestion de plus en plus fine des droits et des fenêtres de diffusion.

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L’arrivée en force des acteurs de la SVOD a-t-elle cassé la chaîne de valeur ?

Mathieu BEJOT

Non, c’est un effet d’aubaine. Nous connaissons un vrai relai de croissance avec la montée en puissance de ces acteurs du numérique qui participent à la bonne santé de l’export en France. Il y a aujourd’hui des débouchés qui n’existaient pas il y a quelques années. Cela permet d’accéder à des marchés souvent hermétiques aux productions non locales. Aux Etats-Unis ou en Angleterre par exemple, les offres de fictions étaient plutôt réservées aux productions anglophones. Aujourd’hui, des séries françaises circulent sur des plateformes comme Netflix, Amazon ou iTunes. La croissance de l’export est stimulée aussi par un accroissement de l’offre. En 10 ans, on enregistre +100% de ventes à l’international sur la fiction pour un volume de production resté constant (près de 700 heures produites chaque année).

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Quelles tendances structurelles percevez-vous dans le secteur de l’export ?

Mathieu BEJOT

Il y a un bouleversement des marchés à l’international qui n’est pas complètement terminé. La SVOD continue à monter en puissance. On s’aperçoit que les jeunes se détournent massivement des écrans traditionnels et consomment les programmes différemment. Même si ça ne représente pas la tendance globale, le lancement de STUDIO+, des Multi-Channel Network et des chaînes YouTube, changent doucement la donne.